Lors du rassemblement des entrepreneurs de France organisé par le MEDEF à Roland-Garros fin août 2026, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a esquissé un projet dont les conséquences pourraient toucher directement le patrimoine des ménages : capter une partie des dépôts bancaires des particuliers pour financer des fonds d’investissement. François Asselineau, ancien candidat à l’élection présidentielle, en a livré une lecture critique que nous reprenons ici.
Qu’est-ce que l’Union de l’Épargne et des Investissements (UEI) ?
L’Union de l’Épargne et des Investissements est un projet porté par la Commission européenne depuis 2025, visant à orienter une partie des dépôts bancaires des ménages européens vers des fonds d’investissement. Points clés à retenir :
- Le projet repose sur un constat : plus de 10 000 milliards d’euros dormiraient sur des comptes bancaires et des plans d’épargne à travers l’Union européenne.
- L’objectif affiché est de financer les entreprises européennes, notamment dans l’armement et l’intelligence artificielle.
- Le mécanisme envisagé pourrait reposer sur une logique d’opt-out : le transfert serait automatique sauf opposition expresse de l’épargnant dans un délai contraint.
- Les fonds concernés seraient investis en actions ou en obligations d’entreprises, avec un risque transféré aux particuliers.
« Cet argent qui dort » : un mythe au service d’un projet
Dans son discours, Ursula von der Leyen a affirmé que cet argent « dormait ». François Asselineau conteste fermement cette présentation :
« Ce qui n’est pas vrai : lorsque vous déposez de l’argent à la Caisse d’Épargne, il ne dort pas, il est utilisé. »
François Asselineau (UPR)
De fait, les dépôts bancaires sont déjà mobilisés par les établissements financiers, notamment sous forme d’obligations d’État ou de financements divers. La véritable nouveauté réside ailleurs : il s’agirait de transformer une épargne actuellement garantie en capital par des actifs soumis aux fluctuations des marchés.
Le risque principal identifié par l’ancien candidat est le suivant : aujourd’hui, le risque de capital est porté par les banques et les caisses d’épargne. Demain, il pourrait être refilé au petit porteur, sans que celui-ci en ait pleinement conscience.
La logique d’opt-out : un consentement par défaut
François Asselineau insiste sur l’importance du mécanisme envisagé. Deux scénarios sont possibles :
- Un choix explicite : l’épargnant se voit proposer un produit, l’étudie, et décide librement d’y souscrire. Cette option ne poserait pas de difficulté particulière.
- Un consentement par défaut : la banque informe le client qu’une partie de son épargne sera basculée vers un fonds d’investissement, sauf opposition de sa part dans un délai court. C’est la logique d’opt-out, comparable aux renouvellements automatiques d’abonnements.
C’est ce second scénario qui inquiète. L’épargnant ne choisirait plus activement, il devrait réagir pour ne pas se faire embarquer. Une inversion du consentement qui, en pratique, orienterait les flux sans débat public.
Un parfum de retraite par capitalisation
Le projet d’Union de l’Épargne et des Investissements s’inscrit dans un débat plus large, rarement explicité, sur les retraites. Derrière les critiques de la retraite par répartition au nom de la démographie, il y a la perspective d’un basculement vers des systèmes par capitalisation, où chacun devrait investir pour préparer sa retraite.
« Investir sa retraite en actions, c’est jouer sa retraite à la bourse. »
François Asselineau (UPR)
Or, rappelle Asselineau, les particuliers qui placent leur argent sur des livrets ou dans des caisses d’épargne sont majoritairement averses au risque. Ils privilégient la préservation du capital à la perspective de rendements élevés. Bruxelles veut, semble-t-il, leur imposer un profil d’investisseur qu’ils n’ont pas choisi.
Une confiance pourtant bien mal placée
Le paradoxe tient à la personne même qui porte ce projet. Ursula von der Leyen est créditée d’un bilan que François Asselineau qualifie de désastreux en matière de gestion des fonds publics, évoquant les commandes massives de doses de vaccins ARNm conclues avec Pfizer, dont une part importante aurait terminé à la poubelle.
Confier l’épargne des ménages à des fonds pilotés par une Commission dont la gestion suscite de telles réserves, c’est, selon lui, « comme si vous confiez votre retraite à la gestion de Bruno Le Maire ou de Macron en disant ce sont des mozarts de la finance ».
Ce qu’il faut retenir
Le projet d’Union de l’Épargne et des Investissements mérite une vigilance particulière tant il touche à un droit élémentaire : la maîtrise de son épargne. Comprendre les mécanismes d’opt-out et les logiques de capitalisation qui se profilent est un préalable indispensable pour ne pas voir son épargne orientée vers des placements imposés par défaut. Le débat sur l’épargne des Français ne fait peut-être que commencer, mais il se joue dès maintenant à Bruxelles.
Le Souv, pour une France qui s’appartient.
Vidéo « Visite de Leyen au MEDEF, Union Populaire Républicaine » de UPR
Pour aller plus loin
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