En 1966, Charles de Gaulle prend une décision qui stupéfie le monde occidental : il exige le départ des bases militaires américaines du sol français et retire la France du commandement militaire intégré de l’OTAN. Cinquante ans plus tard, alors que l’Alliance atlantique s’est étendue jusqu’aux portes de la Russie et fonctionne comme un bras armé de la politique étrangère américaine, ce geste de souveraineté retrouve une actualité saisissante.
Pourquoi de Gaulle a-t-il retiré la France du commandement intégré de l’OTAN en 1966 ?
La décision de mars 1966 s’inscrit dans une stratégie cohérente d’indépendance nationale. Selon les analyses développées par l’invité dans son intervention, trois motifs principaux expliquent ce retrait. D’abord, de Gaulle avait compris dès 1963 que le projet d’une Europe européenne, indépendante des États-Unis, était saboté par l’alignement systématique des partenaires de la France sur Washington. Ensuite, la présence de bases américaines sur le territoire national, héritage de la IVe République, constituait une limitation inacceptable de la souveraineté française. Enfin, le général anticipait déjà que l’OTAN, loin d’être une alliance défensive temporaire, devenait un instrument permanent de la puissance américaine sur le continent.
« Lorsque le communisme s’effondrera, l’OTAN n’aura plus de raison d’être. Donc l’OTAN devra se dissoudre. »
Union Populaire Républicaine
Cette phrase, rapportée par l’invité d’après les dialogues entre de Gaulle et Alain Peyrefitte, révèle la lucidité de l’analyse gaullienne. Le général voyait l’OTAN comme une structure liée à la guerre froide, pas comme une alliance perpétuelle.
Une décision mûrie par la désillusion allemande
Le retrait de 1966 ne se comprend pas sans revenir à la grande déception de 1963. De Gaulle avait signé en janvier le traité de l’Élysée avec le chancelier Adenauer, pensant jeter les bases d’une coopération franco-allemande qui permettrait de bâtir une Europe indépendante des blocs. Le traité excluait soigneusement la subordination à l’OTAN, la porte ouverte à la Grande-Bretagne et la primauté du lien transatlantique.
Mais en juin 1963, le Bundestag ratifie le traité en y ajoutant un préambule interprétatif qui vide le texte de sa substance. Comme le souligne l’invité, ce préambule réintroduit tout ce que de Gaulle avait exclu : la défense commune dans le cadre atlantique, l’intégration des forces armées des États membres, l’unification européenne incluant la Grande-Bretagne, et l’abaissement des barrières douanières avec les États-Unis.
« En votant ce document, le Bundestag vide le traité de sa substance. La philosophie du traité de l’Élysée lui-même se comporte comme un vassal de Washington et ruine toute possibilité de bâtir une Europe européenne. »
Union Populaire Républicaine
L’objectif stratégique du général est anéanti six mois après la signature. Il en tire les conséquences. Si les Allemands préfèrent le Grand Large américain à l’Europe française, la France doit se retourner et jouer son propre jeu. C’est ce qu’elle fait en 1966.
La France reprend sa liberté stratégique
En fermant les bases américaines et en sortant du commandement intégré, de Gaulle ne rompt pas l’alliance atlantique elle-même. La France reste membre de l’OTAN, mais elle récupère la pleine maîtrise de son appareil militaire et de sa politique étrangère. L’invité rappelle que cette décision s’inscrit dans une séquence plus large : dès 1965, de Gaulle dénonce le privilège du dollar et réclame la conversion des avoirs français en or ; en 1966, il invente la politique de détente avec l’URSS ; en 1967, il lance son « Vive le Québec libre » depuis Montréal. La France mène un jeu planétaire.
Cette liberté d’action reposait sur un diagnostic que l’histoire a confirmé. De Gaulle voyait que l’OTAN, instrument de la guerre froide, ne disparaîtrait pas avec la fin de celle-ci si les Européens ne reprenaient pas leur destin en main. L’invité observe qu’aujourd’hui, le communisme s’est effondré et que l’OTAN, bien loin de se dissoudre, a intégré tous les pays de l’Est et fonctionne comme une police mondiale au service des intérêts stratégiques de Washington. La prédiction gaullienne s’est vérifiée point par point.
Ce qu’il faut retenir
La décision de 1966 n’était pas un caprice de vieux soldat, mais l’aboutissement d’une vision stratégique cohérente : la France ne peut exister comme nation indépendante qu’en refusant l’alignement sur une puissance extérieure. Le retrait du commandement intégré, la dénonciation du privilège monétaire américain, la reconnaissance de la Chine populaire et l’ouverture vers l’Est formaient un tout. Cinquante ans plus tard, alors que le débat sur l’autonomie stratégique européenne reste bloqué par la vassalisation volontaire de la plupart des États membres, ce geste souverain rappelle qu’une autre voie a existé et reste possible.
Le Souv, pour une France qui s’appartient.
Pour aller plus loin
- Le dernier Mitterrand, Georges-Marc Benamou (Plon)
- C’était de Gaulle, Alain Peyrefitte (Fayard)
- Le Grand Échiquier, Zbigniew Brzeziński (Hachette Littératures)
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