Le score de l’AfD à plus de 40 % dans le Land de Saxe, le 6 septembre 2026, a immédiatement réactivé en Europe un discours sur le « retour du nazisme ». Pour l’invité d’Omerta, cette lecture est non seulement fausse, mais elle empêche de comprendre ce qui se joue réellement outre-Rhin, et ce que cela implique pour la France.

Pourquoi le score de l’AFD en Saxe intéresse-t-il directement la France ?

  • Un vote de ressentiment post-réunification : l’invité analyse ce résultat comme l’expression d’une « humiliation économique, identitaire et symbolique » subie par les Allemands de l’Est depuis 1990, pas comme une adhésion massive au nazisme.
  • Une conséquence de la politique énergétique allemande : la rupture avec la Russie et la sortie du nucléaire ont détruit des circuits économiques entiers, alimentant la colère dans les Länder de l’Est.
  • Un facteur de division chez l’ennemi stratégique : pour la France, « ils incarnent la discorde chez l’ennemi », ce qui affaiblit la construction européenne que Paris finance en partie.
  • Un contrepoids au militarisme de Merz : le chancelier allemand surjoue la menace russe, ce qui a « réellement tort » politiquement et pousse une partie de l’électorat vers l’AfD.

Un vote de l’Allemagne post-soviétique, pas un retour du nazisme

L’invité replace ce scrutin dans une histoire précise. Pour les populations de l’ex-RDA, « la réunification n’a jamais eu lieu. La réunification pour eux est une annexion. Une annexion suivie d’une humiliation ». Ces Allemands de l’Est ont plus en commun, dit-il, « avec les Bulgares, avec les Hongrois, avec les Polonais qu’avec, il est vrai, une partie particulièrement californienne de l’Allemagne de l’Ouest ».

Ce ressentiment identitaire a été nourri par les politiques d’Angela Merkel, accusée d’avoir traité ces populations « comme des gens quasiment inférieurs aux migrants qu’on faisait venir ». Dès lors, le vote AfD n’est plus seulement un vote ethnique de l’Est : il pénètre aussi à l’Ouest sur les terres de l’ancien Parti libéral, effondré après son alliance avec Friedrich Merz.

« Il ne faut jamais arrêter un ennemi quand il fait une connerie. C’est l’intérêt de la France que ces gens-là passent. »

Vidéo d’OMERTA

Un électorat qui refuse l’affrontement avec la Russie

Sur la guerre en Ukraine, les habitants des Länder de l’Est « n’ont pas envie » d’un conflit avec Moscou. Ce sont des « postes soviétiques », rappelle l’invité, dont la mémoire et les intérêts économiques les éloignent du discours militariste de Merz. La jeunesse allemande, elle, « ne veut pas se battre » : l’invité évoque des essais de mobilisation catastrophiques et une armée syndiquée où certains soldats d’origine turque « n’entendent pas se faire tuer sur le front de l’Est pour l’Allemagne ».

Cette réalité contredit directement la stratégie du chancelier, qui n’a d’autre carte que d’« accélérer le plan de réarmement » et de « draguer les écolos à mort », les Verts allemands étant décrits comme les plus militaristes et les plus anti-AfD du paysage politique.

Ce que cela change pour la construction européenne

Le paradoxe est ailleurs : l’Allemagne domine « avec l’aide du Parti démocrate américain la construction européenne totalement ». Mais l’AfD veut sortir de l’Union européenne, ou du moins remettre en cause les traités sur lesquels Bruxelles repose. Or, « si la construction européenne a été faite pour et par l’Allemagne », explique l’invité, « des Allemands s’y opposent pour une raison qui est très simple » : ils n’y trouvent plus leur compte.

Pour la France, l’équation est la suivante. D’un côté, l’AfD « va finir d’achever une partie de la puissance allemande ». De l’autre, son arrivée au pouvoir pourrait réveiller « un pôle très allemand, c’est-à-dire les bienfaits de la slavophobie et de la francophobie comme tous les autres ». Le bénéfice n’est donc pas automatique.

« Ils incarnent la discorde chez l’ennemi. Donc pour nous, c’est très bien. Et plus ils danseront la gigue, mieux ce sera. »

Vidéo d’OMERTA

« Néonazi » : quand le vocabulaire remplace l’analyse

Le glissement sémantique est observable avec précision dans le temps. Avant le scrutin du 1er septembre en Saxe, l’AFD était couramment désignée comme un parti d’extrême droite. Le lendemain, avec 44 % des voix et une participation avoisinant 80 %, le registre s’est durci. Bruno Le Maire a qualifié le parti de « néonazi » sur les antennes françaises, selon les propos rapportés par Didier Maïsto lors de cet entretien.

Pour Maïsto, ce glissement n’est pas anodin :

« Avant l’élection, c’était prusse. Là maintenant on est dans une autre catégorie de dénigrement. »

Didier Maïsto (OMERTA)

Le mécanisme décrit est celui d’une surenchère calibrée sur les résultats : plus le score est élevé, plus le terme utilisé est grave. Ce faisant, l’appareil politique évite de répondre à une question plus inconfortable : pourquoi des millions d’électeurs d’une région, ancienne RDA, se sont-ils reconnus dans ce vote, au point de frôler la majorité absolue ?

Maïsto pointe une contradiction structurelle : ces mêmes partis, qui financent publiquement l’ensemble du paysage politique via des mécanismes de financement datant du début des années 1990, ne peuvent pas interdire les formations qu’ils disqualifient verbalement. Le mot « néonazi » fonctionne alors moins comme une description que comme un barrage : il s’agit d’empêcher la convergence des mécontentements en rendant toute discussion illégitime, sans jamais traiter les causes, désindustrialisation, immigration subie, sentiment d’abandon, qui produisent ces votes.

Ce que l’AFD propose concrètement : programme et implications

Sur la question migratoire, l’AFD défend une position que François Asselineau distingue soigneusement de celle du RN ou de Reconquête : Alice Weidel ne prétend pas rester dans l’UE tout en fermant les frontières, une contradiction qu’il juge rédhibitoire chez ses concurrents français. Elle assume que la maîtrise des flux migratoires est incompatible avec le maintien dans les traités européens, d’où la cohérence de sa proposition de sortie.

Sur le plan économique, l’AFD plaide pour l’abandon de l’euro. La motivation est inverse à celle que l’on imagine : l’Allemagne, contributrice nette à hauteur d’environ 30 milliards d’euros par an au budget européen, redoute de plus en plus de se retrouver solidaire des dettes des pays du Sud, notamment de la France dont l’endettement, selon Asselineau, s’accroît de 10 000 euros toutes les deux secondes.

Sur les libertés publiques, l’AFD s’oppose aux mécanismes de régulation numérique imposés par Bruxelles (DSA, DMA) et défend le recours au référendum, un positionnement que la presse dominante présente rarement.

Ce qui rend ce score politiquement significatif pour la France, c’est le précédent institutionnel qu’il crée : un sondage récent placait l’AFD à environ 29 % au niveau fédéral, ce qui en ferait le premier parti d’Allemagne. Or c’est bien Berlin, premier partenaire commercial de Paris, qui fixerait alors le tempo des discussions sur l’avenir des traités auxquels la France est elle-même liée.

« Les thématiques de l’AFD sont nos thématiques. »

François Asselineau (UPR)

AfD en tête au niveau national : ce que cela change pour Paris

Au-delà du cas saxon, un sondage publié début septembre 2027 place l’AfD aux alentours de 29 % à l’échelle fédérale, ce qui en ferait le premier parti d’Allemagne en cas d’élection générale. Le chiffre est d’autant plus significatif que le parti conduit par Alice Weidel inscrit désormais explicitement la sortie de l’Union européenne à son programme, ainsi que l’abandon de l’euro.

Pour François Asselineau, ce tournant a une conséquence directe sur la France : l’Allemagne est le contributeur net le plus important de l’UE, avec une contribution annuelle qu’il estime à environ 30 milliards d’euros. Une remise en cause allemande de ce cadre fragiliserait mécaniquement le financement de l’ensemble du budget européen, et donc les transferts dont bénéficient des pays comme la Pologne, qui perçoit selon lui 15 milliards d’euros de subventions annuelles.

« On va vers un monde où de plus en plus la question de la sortie de l’Union européenne est sur la table. »

François Asselineau (UPR)

Il souligne également un phénomène inédit : Bündnis Sahra Wagenknecht, formation de gauche radicale opposée à l’euro et à la politique migratoire actuelle, a obtenu plus de 5 % en Saxe-Anhalt et a annoncé un soutien au cas par cas à l’AfD. Ce rapprochement entre deux blocs a priori opposés rappelle, selon lui, la dynamique du Conseil national de la Résistance : la reconquête de la souveraineté nationale ne peut se construire qu’en transcendant le clivage droite-gauche. Un débat que la France, où les partis anti-UE restent marginalisés dans les grands médias, n’a pas encore ouvert.

Ce que l’exemple allemand dit aux souverainistes français

L’expérience saxonne éclaire un point précis : BSW et AfD ne partagent pas le même programme économique. Florian Philippot le formule sans ambiguité dans son échange du 10 septembre 2026 :

« L’AfD est plutôt libertarienne, le BSW a une politique plus tournée vers la hausse des salaires et les services publics. »

Florian Philippot (OMERTA)

Ce désaccord n’a pas empêché une coopération sur ce que Philippot appelle « les fondamentaux » : restaurer la souveraineté des nations et chercher la paix, illustrée par la déclaration de Sahra Wagenknecht réclamant la remise en service du gazoduc Nord Stream. Deux positions économiques antagonistes, un socle politique commun suffisant pour agir ensemble.

C’est précisément ce mécanisme que Philippot juge absent en France. Selon lui, le débat hexagonal reste enfermé dans le schéma « union des droites » contre « union des gauches », chaque coalition mélangeant des partisans de la souveraineté nationale avec des partisans d’une intégration mondiale accrue. Résultat : à l’intérieur même de ces blocs, ce sont les seconds qui finissent par imposer leur ligne, diluant toute rupture souverainiste.

L’enjeu n’est donc pas de gommer les divergences économiques entre formations souverainistes françaises, mais de les traiter pour ce qu’elles sont : des débats légitimes au sein d’un espace politique reconstitué autour de la capacité de la France à décider pour elle-même.

La réunification comme fracture économique durable

L’analyse culturelle ou identitaire de la percée de l’AfD en Thuringe, où le parti a obtenu 43,9 %, occulte souvent des mécanismes économiques bien documentés. Juan Branco rappelle que dès la réunification, les entreprises ouest-allemandes ont imposé une logique de prédation sur les Länder de l’Est : rachat d’actifs à bas prix, pression sur les salaires, délocalisation vers les pays d’Europe centrale. Ce mouvement, qu’il qualifie de stratégie de l’Hinterland, a permis à l’industrie bavaroise et rhénane d’engranger des gains de compétitivité au détriment des populations est-allemandes.

« Il va y avoir une vraie politique de prédation économique de la part des grandes entreprises de l’Ouest qui vont profiter de l’absence de capital en Allemagne de l’Est pour imposer leurs conditions. »

Juan Branco (Thinkerview)

Résultat : les écarts de revenus entre l’Est et l’Ouest ne se sont jamais résorbés. À cela s’est ajoutée la destruction des structures de solidarité héritées de la RDA, qui constituaient, selon Branco, « la seule partie positive » de ce régime. La crise énergétique a amplifié ces tensions : le renoncement au nucléaire, combiné à la destruction des gazoducs Nordstream, a provoqué une explosion des coûts pour des ménages déjà fragiles. La moyenne d’âge en Allemagne atteignant 45 ans, et en l’absence d’un minimum vieillesse comparable au système français, des retraités perçoivent entre 600 et 800 euros par mois. C’est dans ce contexte de paupérisation concrète, et non seulement de ressentiment identitaire, que l’AfD prospère dans les régions de l’Est.

Trois lignes de fracture allemandes qui traversent aussi la France

Pour Philippe de Villiers, la montée de l’AFD ne s’explique pas par un vote de colère diffus, mais par trois refus successifs et distincts. Le premier remonte à 2013, lorsque des économistes et une frange de la société civile allemande ont contesté la solidarité monétaire imposée lors de la crise grecque, notamment les quelque 80 milliards d’euros mobilisés pour le sauvetage d’Athènes. Le deuxième refus prend forme en août 2015, après la décision de la chancelière Merkel d’ouvrir les frontières à un million de migrants syriens, décision suivie des violences du réveillon de Cologne. Le troisième tient à l’opposition à la guerre en Ukraine : l’AFD juge qu’une intégration de Kiev dans l’Union européenne menacerait directement l’agriculture et l’industrie allemandes.

« On retrouve exactement les mêmes critères, les mêmes thèmes : le refus de l’intégration européenne, le refus de l’immigration massive et le refus de la guerre en Ukraine. »

Philippe de Villiers

De Villiers souligne que ces trois lignes de fracture ne sont pas propres au contexte allemand. En France, à quelques mois d’une élection présidentielle, elles structurent déjà le débat public : la question du coût de la guerre en Ukraine, le bilan de la politique migratoire et le rôle de la monnaie unique dans les déséquilibres économiques français sont autant de sujets que ni la droite ni la gauche de gouvernement n’ont jusqu’ici traités de façon convaincante. La bourrasque saxonne pourrait donc annoncer une dynamique similaire sur le sol français, à condition qu’une offre politique crédible s’en saisisse.

Quand Berlin quitte la table, Paris règle l’addition

La victoire de l’AFD en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, quinze jours après celle de Thuringe, n’est pas seulement un symptôme politique : elle a une traduction budgétaire directe pour la France. François Asselineau le rappelait lors de son direct du 23 septembre 2026 : l’Allemagne verse aujourd’hui entre 30 et 35 milliards d’euros par an au budget européen. Si elle venait à déclencher l’article 50, la France se retrouverait mécaniquement en première ligne.

Or la contribution nette française est déjà de l’ordre de 12 à 13 milliards d’euros annuels. Devenir le premier bailleur de l’Union signifierait soit absorber une part du vide laissé par Berlin, soit assister à un rétrécissement brutal des fonds structurels et agricoles redistribués. Dans les deux cas, la facture pour le contribuable français s’alourdit.

Ce que les marchés financiers ont enregistré mérite attention : les deux victoires consécutives de l’AFD, pourtant porteur d’une plateforme explicitement pro-Dexit, n’ont provoqué aucune tension notable sur les taux allemands. À l’inverse, la France voit le spread entre son obligation souveraine à dix ans et le Bund allemand équivalent frôler un point entier, soit environ 3 milliards d’euros de charge d’intérêts supplémentaire sur 300 milliards d’emprunts annuels.

« Les marchés financiers ont moins peur de voir l’Allemagne sortir de l’Union européenne que de voir la France dirigée par des gens qui disent n’importe quoi. »

François Asselineau (UPR)

Ce signal de prix, aussi froid que lisible, donne une mesure de la fragilité française dans un scénario de recomposition du bloc européen.

Ce qu’il faut retenir

Le score de l’AfD en Saxe n’annonce pas un retour du nazisme, mais la fracture durable d’une Allemagne dont la réunification n’a jamais été assumée. Pour la France, ce séisme est une opportunité de court terme, mais aussi un révélateur : tant que Paris restera dans une construction européenne conçue pour et par Berlin, elle n’aura aucune marge de manœuvre souverainiste.

Vidéo « Commentaire sur des événements du 7 septembre 2026, chaîne Omerta » de OMERTA

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