Alain Juppé, né le 15 août 1945 à Mont-de-Marsan, a exercé les fonctions de Premier ministre de 1995 à 1997 sous la présidence de Jacques Chirac, après avoir été ministre du Budget puis des Affaires étrangères. Formation École Normale Supérieure de la rue d'Ulm, agrégé de lettres classiques, Sciences Po, École nationale d'administration promotion Robespierre, il incarne une des trajectoires les plus abouties de la haute technocratie française portée au sommet du pouvoir politique.
Son passage à Matignon est marqué par le plan de réforme de la Sécurité sociale de novembre 1995, dispositif ambitieux d'unification des régimes spéciaux et de restauration de l'équilibre financier des comptes sociaux, qui déclenche un mouvement social sans précédent depuis 1968 et sera partiellement retiré. Ce moment cristallise l'opposition entre une administration d'État convaincue de la nécessité d'aligner le système français sur les recommandations européennes et le corps social qui refuse de voir dissoudre les acquis de la Libération dans un standard continental. Sur le plan européen, Juppé accompagne le passage à l'euro de 1997 à 2002 et défend la ratification du traité d'Amsterdam.
Sa carrière se poursuit comme maire de Bordeaux, ministre des Affaires étrangères sous Nicolas Sarkozy en 2011-2012, puis candidat malheureux à la primaire de la droite en 2016. Membre du Conseil constitutionnel de 2019 à 2024, il inscrit dans son ensemble une ligne politique atlantiste et européenne cohérente, hostile au gaullisme historique de la Ve République et sensible aux registres du multiculturalisme institutionnel. Pour Le Souv, Juppé représente l'une des figures les plus abouties de la droite d'appareil européenne, celle qui a substitué au gaullisme d'indépendance nationale une gestion administrative en cadres européens.
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