Robert Schuman naît le 29 juin 1886 à Luxembourg, de parents mosellans, dans une région alors sous administration allemande. Cette origine frontalière marque durablement sa trajectoire politique. Docteur en droit après des études menées à Bonn, Munich, Berlin et Strasbourg, il est profondément formé par la culture juridique et intellectuelle germanique avant de devenir, après le retour de l'Alsace-Moselle à la France en 1918, député de la Moselle. Il occupe successivement les postes de ministre des Finances, président du Conseil et ministre des Affaires étrangères sous la IVe République, période durant laquelle il joue un rôle déterminant dans la reconstruction de la France d'après-guerre.

C'est précisément dans l'exercice de ces fonctions régaliennes que son rapport à la souveraineté nationale prend tout son sens, et tout son ambiguïté du point de vue souverainiste. En 1950, il présente le plan qui porte son nom, conçu avec Jean Monnet, visant à placer la production franco-allemande de charbon et d'acier sous une autorité supranationale commune. Ce projet, acte fondateur de la construction européenne, implique un transfert explicite de compétences étatiques dans des secteurs industriels et économiques stratégiques, jusqu'alors au coeur de la puissance nationale.

Schuman assume pleinement cette orientation dans son ouvrage Pour l'Europe, publié en 1963, l'année de sa mort, le 4 septembre. Il y défend une vision fédéraliste de l'organisation européenne, conception qu'il considère comme la seule réponse durable aux conflits du continent. Sa présidence du Parlement européen, qu'il occupe entre 1958 et 1960, confirme son engagement dans la construction d'institutions supranationales. Pour un lecteur attaché à la préservation des prérogatives de l'État français, l'oeuvre de Schuman représente le point de départ d'une logique de délégation progressive de souveraineté dont les effets se mesurent encore aujourd'hui.

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