Édouard Herriot, né le 5 juillet 1872 et mort le 26 mars 1957, est une des figures centrales de la IIIe République finissante. Normalien, agrégé de lettres, docteur ès lettres, il construit une carrière politique enracinée dans le radicalisme républicain, dont il préside le parti pendant de longues années. Maire de Lyon de façon quasi continue pendant plus d'un demi-siècle, il incarne un modèle de puissance locale forte, adossée à une vision de l'État républicain unitaire et centralisateur, héritée directement du jacobinisme.
Président du Conseil à trois reprises, notamment en 1924 et 1932, il est confronté aux grandes tensions de la souveraineté monétaire et financière française. En 1924, son gouvernement du Cartel des gauches se heurte frontalement à la résistance du « mur de l'argent », les milieux financiers et la Banque de France faisant obstacle à sa politique. Cette expérience illustre de manière concrète la tension entre souveraineté politique formelle et contraintes imposées par les pouvoirs financiers. En 1932, son opposition à l'annulation des dettes interalliées témoigne d'une conception exigeante des engagements entre États et de la dignité de la parole de la France sur la scène internationale.
Son ouvrage La Russie nouvelle, publié en 1922 après un voyage en Union soviétique, traduit une curiosité géopolitique pour les reconfigurations de puissance à l'Est, dans un contexte où la question des alliances continentales restait ouverte. Ses mémoires, Jadis, publiés entre 1948 et 1952, offrent un témoignage de première main sur les décisions qui engagèrent la France durant l'entre-deux-guerres.
En 1954, en qualité de président de l'Assemblée nationale, il contribue au rejet de la Communauté européenne de défense, estimant que ce traité portait atteinte aux prérogatives militaires de la France. Ce vote, auquel son autorité morale n'est pas étrangère, constitue l'un des actes les plus directement souverainistes de sa carrière.
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