Fernand Braudel est l’historien qui a appris au XXe siècle à voir grand. Sa thèse de 1949 sur La Méditerranée et le monde méditerranéen à l’époque de Philippe II inaugure une façon de penser l’histoire qui ne quittera plus la discipline : observer les structures qui se déplacent à l’échelle des siècles plutôt que les événements qui scintillent à la surface. La longue durée, la géohistoire, l’économie-monde : autant de concepts qu’il a forgés ou stabilisés.
Né en 1902 dans une famille de la Meuse, agrégé d’histoire à 21 ans, il passe dix ans à enseigner en Algérie puis trois ans au Brésil avant de revenir en France en 1937. Mobilisé en 1939, prisonnier de guerre en Allemagne pendant cinq ans, il rédige de mémoire dans un oflag les premières versions de sa Méditerranée. Après 1945, sa carrière est exceptionnelle : Collège de France (1949), présidence de la VIe section de l’École pratique des hautes études (1956), fondation de la Maison des sciences de l’homme (1962), Élection à l’Académie française (1984), un an avant sa mort.
Son chef-d’œuvre posthume, L’identité de la France (1986), n’est pas une apologie nationale. C’est une enquête de longue durée sur ce qui fait que la France est la France : la diversité des terroirs avant l’unification, le poids du paysannat dans la formation du caractère national, les rapports entre dynamiques démographiques et structures politiques. Sa formule liminaire (« La France est diversité ») n’est pas une concession multiculturaliste : c’est le constat que l’unité française s’est faite par et non malgré la pluralité des héritages.
Pour le souverainisme, Braudel est un cadre intellectuel structurant. Quand on pense la nation comme entité de longue durée plutôt que comme caprice contemporain, c’est avec ses outils qu’on opère. La France est plus profonde que les débats du moment, et c’est elle qui décide en dernier ressort.
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