Henri Giraud, né le 18 janvier 1879 à Paris et mort le 11 mars 1949, incarne une certaine conception de l'autorité militaire française fondée sur la continuité de l'État et la préservation de la capacité de combat nationale, y compris dans les moments de rupture institutionnelle les plus graves. Formé à Saint-Cyr, sorti dans l'infanterie en 1900, il construit une carrière d'officier marquée par l'expérience du terrain et la transmission du savoir tactique, notamment comme professeur à l'École supérieure de guerre entre 1927 et 1929.
C'est pendant la Seconde Guerre mondiale que son rôle prend une dimension directement souverainiste. Fait prisonnier en mai 1940 lors de la déroute de la 9e armée dont il prend le commandement en pleine débâcle, il s'évade d'Allemagne en 1942, exploit qu'il relate dans Mes évasions, publié en 1946. Rallié à Alger, il est nommé commandant en chef civil et militaire en Afrique française du Nord, puis cooprésident du Comité français de la Libération nationale aux côtés de de Gaulle à partir de juin 1943. Cette coprésidence, brève et conflictuelle, révèle deux conceptions distinctes de la légitimité française en guerre : là où de Gaulle affirme une légitimité politique et symbolique, Giraud défend une logique de commandement militaire, davantage tourné vers la reconstitution d'une force armée opérationnelle que vers la reconstruction d'une souveraineté politique pleine. Il quitte la coprésidence en novembre 1943, marginalisé par de Gaulle.
Élu député de la Moselle en 1946 et vice-président du Conseil supérieur de la guerre jusqu'en 1948, il demeure jusqu'à sa mort attaché à la question de la défense nationale comme condition première de toute indépendance française. Son second ouvrage, Un seul but, la victoire, paru à titre posthume en 1949, résume une pensée où la restauration de la puissance militaire française constitue la priorité absolue, en deçà de laquelle aucune souveraineté réelle n'est possible.
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