Jacques Foccart est le plus grand cas non documenté de la Ve République. Conseiller des présidents gaullistes pour les affaires africaines de 1959 à 1974, puis de 1986 à 1988 et de 1995 à 1997, il a façonné ce qu’on appelle la « Françafrique » : ce réseau d’influence française en Afrique post-coloniale qui a été le bras géopolitique souverain de la France pendant trente ans, avant de se décomposer dans les années 2000.

Né en 1913, résistant dès 1940, agent du Bureau central de renseignements à Londres, il devient en 1947 le responsable de l’organisation gaulliste (le RPF) et de son service d’ordre, le Service d’action civique. Quand de Gaulle revient au pouvoir en 1958, Foccart se voit confier le suivi des décolonisations africaines. À partir de 1960, il prépare avec une douzaine de chefs d’État africains francophones les accords de coopération qui permettent à la France de conserver une zone d’influence sans formellement maintenir la colonisation. Il dirigera ce dispositif au quotidien jusqu’à la mort de Pompidou en 1974, puis ressortira pour Chirac dans les années 1990.

Sa méthode échappe aux catégories ordinaires. Foccart ne tient ni d’un ambassadeur, ni d’un patron des services, ni d’un conseiller élyséen classique. C’est un courtier permanent de l’État profond français en Afrique, en relation directe quotidienne avec les présidents Houphouët-Boigny, Senghor, Bongo, Eyadema, Mobutu. Son Journal de l’Élysée, publié posthumement entre 1997 et 2001 (cinq volumes), donne sur le fonctionnement réel de la Ve République gaulliste un éclairage qu’on cherche en vain ailleurs. Il y consigne, au jour le jour, les conversations avec de Gaulle puis Pompidou : sources de première main exceptionnelles.

Pour Le Souv, Foccart est un cas. Le souverainisme français classique a été une politique africaine autant qu’une politique européenne. La façon dont Paris a tenu son rang dans la guerre froide passait par la Françafrique, c’est-à-dire par l’influence sur quinze États francophones. Cette part de l’héritage gaulliste est sortie du récit officiel, parce qu’elle dérange. Sa restitution ne va ni sans recul critique sur les pratiques (financement, ingérence, soutiens à des régimes contestables), ni sans reconnaissance de ce qu’elle a permis : une France qui pesait dans le monde.

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