Michel Debré est l’architecte juridique de la Ve République. La Constitution de 1958, qui structure aujourd’hui encore la vie politique française, est principalement son œuvre. Premier Premier ministre de cette République sous Charles de Gaulle (1959-1962), il restera ensuite l’une des consciences gaullistes les plus durables, jusqu’à sa Lettre ouverte aux Français sur la reconquête de la France de 1980, manifeste souverainiste lu encore aujourd’hui.
Né en 1912 dans une famille universitaire prestigieuse (son père Robert Debré est le pionnier de la pédiatrie française), il fait Sciences Po, l’École libre des sciences politiques, et entre au Conseil d’État avant guerre. Résistant dès 1942, commissaire de la République à la Libération, sénateur d’Indre-et-Loire sous la IVe, il devient en 1958 le maître d’œuvre de la Constitution gaulliste. Premier ministre, garde des Sceaux, ministre de l’Économie, ministre des Affaires étrangères, ministre de la Défense : il cumule sous de Gaulle puis Pompidou les charges les plus structurantes de la République. Élu à l’Académie française en 1988, il meurt en 1996.
Son apport souverainiste passe par deux registres. Le registre constitutionnel d’abord : il transcrit dans le droit la vision gaullienne d’un exécutif fort, légitimé par le suffrage universel, capable de décider en dernier ressort sans être paralysé par les coalitions parlementaires. La Constitution de 1958, même retouchée plusieurs fois, demeure sur ce point. Le registre européen ensuite : dès les années 1970, Debré alerte sur l’effacement de la France au sein d’une construction européenne dévolue à la libre circulation et au marché unique. Sa Lettre ouverte de 1980 est l’un des premiers manifestes souverainistes structurés de la Ve République gaulliste contre sa propre dérive.
Pour Le Souv, Debré incarne un gaullisme constitutionnel et souverainiste qui n’a jamais été reconnu à sa juste valeur, même par les héritiers institutionnels de son patron. Sa Lettre ouverte de 1980 reste un document de référence : elle prévoit avec une exactitude clinique la décomposition politique qui va suivre, et indique les lignes de résistance qui pourraient inverser le mouvement.
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