Pierre Chaunu a fait de l’histoire une discipline du long terme et de la démographie un instrument de diagnostic civilisationnel. Spécialiste du monde atlantique à l’époque moderne (sa thèse monumentale, Séville et l’Atlantique, 12 volumes, est une référence absolue), il a aussi été le penseur français qui a imposé dès les années 1970 l’expression « peste blanche » pour désigner l’effondrement démographique européen.
Né en 1923 dans la Meuse, normalien, agrégé d’histoire et de géographie, il enseigne à Caen puis à la Sorbonne (Paris IV) jusqu’en 1992. Élu à l’Institut en 1982 (Académie des sciences morales et politiques), il est l’un des historiens français les plus prolifiques du XXe siècle, avec plus de cinquante ouvrages dans des champs aussi divers que l’histoire économique de l’Atlantique, la civilisation classique européenne, la réflexion sur la mort, et le commentaire politique de son temps.
Catholique conservateur assumé, proche pendant un temps de Philippe de Villiers, Chaunu n’hésite pas à sortir du registre académique pour intervenir publiquement. Sa thèse de la peste blanche, développée en 1976 dans un dialogue avec Georges Suffert, soutient que les sociétés occidentales sont entrées dans un suicide démographique silencieux dont les conséquences seront infiniment plus lourdes que les visibles fléaux du passé. La controverse a vieilli en sa faveur : les courbes de natalité européennes de 2026 lui donnent partiellement raison.
Pour le souverainisme, Chaunu rappelle que la souveraineté ne s’exerce que si elle a un peuple pour s’incarner. Penser la France sans penser sa démographie, ses naissances, sa transmission générationnelle, c’est faire de l’abstraction. Le politique se fond toujours sur du biologique, du familial et du culturel transmis. Sur ce point, on peut différer de ses positions catholiques sans écarter le diagnostic.
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