Il y a des moments dans l’histoire où l’État décide de ne plus subir. En 1907, Georges Clemenceau crée les « brigades du Tigre », premières unités de police mobile dotées d’automobiles, pour répondre à une criminalité qui venait de changer de visage. Plus d’un siècle plus tard, le criminologue Xavier Raufer convoque cet épisode dans un entretien diffusé sur la chaîne OMERTA le 1er août 2026, pour poser une question simple : pourquoi la puissance publique, aujourd’hui, ne fait-elle plus ce que Clemenceau faisait alors ?
D’où viennent les brigades du Tigre, et pourquoi Clemenceau les a-t-il créées ?
- Contexte : au début du XXe siècle, la bande à Bonnot et d’autres groupes anarchistes utilisent l’automobile pour commettre des braquages et échapper aux forces de l’ordre encore hippomobiles ou pédestres.
- Décision politique : Clemenceau, alors président du Conseil et ministre de l’Intérieur, refuse l’impuissance de l’État. Il crée des brigades régionales de police mobile, équipées de voitures, pour coller à la mobilité nouvelle des malfaiteurs.
- Principe fondateur : doter la police des mêmes moyens que les criminels, au nom de l’efficacité et de la protection des populations.
- Héritage : ces brigades deviendront l’actuelle police judiciaire, symbole durable d’un État capable d’adaptation technique et stratégique.
Une logique d’adaptation au service de la souveraineté
La référence aux brigades du Tigre, sous la plume de Xavier Raufer, n’a rien d’anecdotique. Elle renvoie à ce que le criminologue considère comme la mission première d’un gouvernement : faire en sorte que le pays soit « respecté à l’extérieur et en paix à l’intérieur ». Dans cette perspective, l’adaptation des moyens policiers à l’évolution des menaces constitue un acte de souveraineté élémentaire.
« Qu’est-ce que Clémenceau a fait ? Il a remis la police face aux malfaiteurs. C’est-à-dire qu’il a doté la police des moyens dont disposaient les malfaiteurs. Il a donné à la police des voitures, les brigades du Tigre. »
Xavier Raufer (OMERTA)
La décision de Clemenceau repose sur un constat simple, qui constitue pour Xavier Raufer « la base de la criminologie » : les criminels ne s’arrêtent que quand on les arrête. Dès lors, interdire à la puissance publique de se hisser au niveau technique de ceux qui la défient, c’est organiser son impuissance.
L’immobilisme contemporain comme contre-modèle
L’entretien établit un contraste net entre la réactivité de l’État clémenciste et la situation actuelle. Xavier Raufer relève qu’aucune loi d’ensemble sur l’implantation des commissariats de police n’a été votée depuis 1942. Les ajustements sont présentés comme des « bricolages », quand la carte des territoires les plus criminogènes, ces zones que le gouvernement nomme « quartiers de la politique de la ville », est passée de 22 en 1983 à plus de 1 400 aujourd’hui.
Ces territoires, souligne-t-il, ne bénéficient pas d’une présence policière proportionnée aux violences qui s’y déroulent : règlements de comptes, trafics, balles perdues qui traversent les murs et tuent des habitants. La réponse de l’État, selon ses termes, reste marquée par le déni plus que par l’action.
« Pourquoi il n’y a pas un commissariat de police dans les cités hors contrôle ? Pourquoi le 8e arrondissement grouille de flics et pourquoi il n’y en a pas en Seine-Saint-Denis en permanence ? »
Xavier Raufer (OMERTA)
Renouer avec la décision politique
Le parallèle historique que trace Xavier Raufer n’est pas une nostalgie. Il pose une question de méthode : l’État français dispose-t-il encore de la capacité d’analyse et de la volonté politique nécessaires pour adapter ses forces de sécurité intérieure ? Les chiffres évoqués (l’explosion des zones hors contrôle, l’absence de cartographie fiable des homicides par arme blanche) dessinent une crise de l’information stratégique autant qu’une crise de l’action.
Le propos n’appelle pas à reproduire les brigades du Tigre à l’identique, mais à retrouver l’impulsion qui les a rendues possibles : regarder la réalité en face, doter l’État des moyens techniques contemporains, et décider.
Ce qu’il faut retenir
Les brigades du Tigre rappellent que la souveraineté intérieure passe par un principe simple : adapter les moyens de l’État aux moyens de ceux qui le défient. L’entretien avec Xavier Raufer invite à s’interroger sur la rupture de cette chaîne décisionnelle, entre un exécutif qui minimise les faits et une population qui les vit au quotidien. L’histoire offre des exemples, la politique attend des choix.
Le Souv, pour une France qui s’appartient.
Vidéo « Insécurité et responsabilité de l’État » de OMERTA
Cet article vous a-t-il été utile ?
Qu’est-ce qui n’allait pas ? (facultatif)
Merci, c’est noté.
