En 1943, alors que la France vit sous occupation allemande, le général de Gaulle et Jean Moulin parviennent à réunir autour d’une même table des forces politiques que tout oppose. Du Parti communiste à la droite catholique, en passant par des mouvances d’extrême droite anti-nazies, le Conseil national de la résistance (CNR) demeure l’exemple le plus abouti d’un dépassement du clivage partisan face à une menace existentielle. Comment cette construction trans-partisane a-t-elle été possible, et que dit-elle de la capacité française à se rassembler dans les moments décisifs ?
Quelle était réellement la composition politique du Conseil national de la résistance ?
Le CNR, mis en place sous l’impulsion de De Gaulle et de Jean Moulin, rassemblait des forces apparemment irréconciliables. François Asselineau, invité de l’émission Direct n°127 sur la chaîne UPR, en rappelle les composantes principales :
- L’extrême droite anti-allemande : des mouvements comme la Cagoule, organisation d’extrême droite mais farouchement antinazie, ainsi que des figures de la droite catholique traditionnelle, à l’image de la famille d’Estienne d’Orves, dont le représentant fut fusillé par les nazis et dont une place parisienne porte aujourd’hui le nom
- Les communistes et une partie des socialistes : patriotes, ils rejoignent la résistance après la rupture du pacte germano-soviétique
- La droite traditionnelle : des personnalités issues de familles aristocratiques catholiques ralliées à la France libre
- Le programme du CNR fut d’ailleurs largement rédigé par Pierre Vimon, un communiste, sans que De Gaulle, qui ne partageait pas ses convictions, n’y trouve à redire
« De Gaulle a bien compris que face à une telle menace, la France étant menacée de mort, il fallait bien rassembler tout le monde. »
François Asselineau (UPR)
Pourquoi De Gaulle a-t-il cherché ce rassemblement au-delà des clivages ?
Selon François Asselineau, la démarche gaullienne s’explique par une conviction forgée dans l’épreuve : face à l’occupation, la France ne pouvait pas se permettre le luxe des querelles partisanes. L’expérience de 1940 avait montré que la collaboration avec l’Allemagne avait été adoptée par la chambre du Front populaire, c’est-à-dire par une majorité où siégeaient des députés de droite comme de gauche. Les pleins pouvoirs furent accordés au maréchal Pétain par cette majorité issue du Front populaire, et seuls environ 80 à 85 députés, situés aux extrêmes de l’échiquier politique, s’y refusèrent.
Ce contexte explique la conviction du chef de la France libre : la lutte pour l’indépendance nationale ne pouvait pas être portée par un seul camp. De Gaulle constata que des patriotes existaient aussi bien à l’extrême droite, comme les membres de la Cagoule, qu’à l’extrême gauche, chez les communistes et une partie des socialistes. Le rassemblement n’était pas une confusion des doctrines, mais une convergence provisoire et assumée.
Quelles leçons le CNR laisse-t-il pour aujourd’hui ?
L’invité de l’UPR tire de cet épisode une analyse que les lecteurs du Souv apprécieront à hauteur de ce qu’elle vaut : les moments de vérité nationale exigent de dépasser les appartenances partisanes. Il rappelle que ce schéma s’est reproduit en 2005 lors du référendum sur la Constitution européenne, où 55 % des Français votèrent non, grâce à une convergence entre des électeurs de droite, d’extrême droite, de gauche et d’extrême gauche.
« Ce rassemblement, ce que les spécialistes des élections appellent la fongibilité des électorats, c’est comme ça que le non a obtenu 55 % des voix. »
François Asselineau (UPR)
Cette lecture historique, défendue avec constance par François Asselineau depuis la création de son mouvement en 2007, le conduit à considérer que toute tentative de libération nationale qui s’appuierait sur une seule famille politique est vouée à l’échec. L’histoire du CNR démontrerait qu’une majorité de salut public ne peut émerger que par l’addition des bonnes volontés, au-dessus du clivage droite-gauche.
De Gaulle en 1940 : la légitimité ne se proclame pas, elle se construit
Ce mécanisme de bascule trouve un précédent saisissant dans les premières années de la France libre. Juan Branco, en analysant cet épisode, souligne une dynamique souvent négligée : c’est Vichy lui-même qui a involontairement fabriqué la légitimité gaulliste. En condamnant de Gaulle à mort et en mobilisant sa presse contre lui jour après jour, le régime de collaboration lui a offert une visibilité que son premier discours, à peine entendu depuis Londres, n’aurait jamais pu générer seul.
« Toute la presse de Vichy va faire sa propagande. Ils commettent cette erreur en l’alignant jour après jour, et donc ils aident à le faire connaître. »
Juan Branco François Boulo (Le Monde Moderne)
Ce que pointe Branco, c’est la rapidité du transfert : en deux à trois ans, dans des conditions certes exceptionnelles, la légitimité politique migre intégralement de Vichy vers la France libre. Le processus n’est pas linéaire. De Gaulle commence par se mettre à disposition du général Weygand, chef d’état-major, lui proposant de prendre la tête du mouvement. C’est le rejet collectif des institutions qui le propulse, non une ambition initiale de rupture totale.
François Boulo complète cette lecture en rappelant le revers de l’histoire : treize ans s’écoulent avant que de Gaulle ne revienne dans des conditions lui permettant d’instituer durablement. La révolution accomplie en 1944 ne résiste pas longtemps aux structures partisanes de la IVe République, qui reconstituent rapidement leur emprise. Ce délai entre la rupture symbolique et l’ancrage institutionnel reste, dans ce précédent historique, la partie la plus fragile de toute bascule de légitimité.
Ce qu’il faut retenir
Le Conseil national de la résistance ne fut pas un attelage tiède de sensibilités voisines, mais un rassemblement de forces antagonistes, arraché par la gravité du moment. Que des communistes et des catholiques traditionalistes aient pu siéger ensemble, sous l’autorité de Jean Moulin, demeure un précédent politique considérable. Il rappelle que la souveraineté nationale, lorsqu’elle est menacée, peut devenir le ciment d’unités que rien ne laissait présager.
Vidéo « François Asselineau répond à des questions, session 127 » de UPR
Pour aller plus loin
- La Fabrique des crétins, Jean-Paul Brighelli (Jean-Claude Gawsewitch)
- L’Europe est morte à Pristina, Jacques Hogard (Fayard)
Cet article vous a-t-il été utile ?
Qu’est-ce qui n’allait pas ? (facultatif)
Merci, c’est noté.
