L’Allemagne est aujourd’hui le pays européen où le parti écologiste s’est mué en fer de lance de l’atlantisme et du soutien militaire à l’Ukraine. Cette trajectoire, qui étonne bien des observateurs français, n’a pourtant rien d’accidentel. L’invité, universitaire spécialiste de l’Allemagne, en retrace le mécanisme dans un entretien publié sur la chaîne OMERTA. Son analyse repose sur un constat historique précis : le Parti Vert allemand n’a pas dérivé, il a été méthodiquement travaillé par les institutions américaines.

Pourquoi les Verts allemands sont-ils devenus atlantistes et bellicistes ?

Les Verts allemands, nés au début des années 1980 comme scission pacifiste du SPD contre l’installation des missiles Pershing, ont fait l’objet d’une stratégie d’influence américaine délibérée. Les Américains ont identifié dans ce parti le maillon faible de l’ancrage atlantiste allemand et ont mobilisé la CIA, le National Endowment for Democracy (NED), le State Department et les réseaux de Young Global Leaders pour le retourner. Deux leviers ont été actionnés : le renforcement des préjugés antinucléaires, qui rendait l’Allemagne dépendante d’énergies plus chères, et l’exploitation des valeurs progressistes du parti pour le dresser contre la Russie.

Une naissance pacifiste et anti-OTAN

L’invité rappelle le point de départ. Les Verts allemands apparaissent comme une dissidence du SPD, attirant une jeunesse qui refuse l’installation des missiles américains Pershing 2 sur le sol ouest-allemand. Leur socle idéologique est pacifiste et critique envers la tutelle militaire américaine. Cette position est d’autant plus significative que l’Allemagne n’a, selon l’invité, jamais cessé d’être un territoire occupé : vingt-six bases militaires américaines restent en place en Allemagne de l’Ouest après la réunification, malgré le traité 2+4 qui a vu partir les troupes soviétiques, françaises et britanniques.

« les Américains ont toujours eu peur de l’émancipation de l’Allemagne et cette émancipation, elle pouvait se faire en particulier sur le thème de la paix »

Le souvenir de 2002-2003, quand Gerhard Schröder s’oppose à la guerre en Irak aux côtés de Jacques Chirac, conforte Washington dans l’idée qu’il faut verrouiller ce bastion.

Le patient travail d’influence américain

Le raisonnement américain, tel que décrit par l’invité, est simple : les chrétiens-démocrates et les socio-démocrates resteront plus ou moins atlantistes ; le Parti Vert, lui, ne l’est pas du tout au départ. Tous les moyens sont donc mis sur lui. L’invité évoque la CIA, le National Endowment for Democracy, le State Department, le Congrès, et les programmes de Young Leaders américains qui forment des cadres verts allemands.

Deux axes structurent l’opération. D’abord, le renforcement du discours antinucléaire : pour Washington, une Allemagne privée d’atome est une Allemagne aux coûts énergétiques plus élevés, donc affaiblie industriellement. Ensuite, le retournement du progressisme sociétal : l’anti-hydrocarbure est dirigé contre les accords gaziers germano-russes, et la Russie de Vladimir Poutine est présentée comme un régime conservateur, homophobe, dictatorial. « Vous voyez comment le piège américain s’est refermé sur cette partie de l’opinion allemande », résume l’invité.

Une anecdote révélatrice

L’invité livre un fait significatif : la veille de l’attaque russe contre l’Ukraine en février 2022, ce n’est pas le chancelier Olaf Scholz que l’ambassade américaine a contacté pour partager les informations satellites, mais le vice-chancelier Robert Habeck, membre du Parti Vert. Cette hiérarchie du renseignement en dit long, selon lui, sur le rôle d’instrument que joue ce parti au sein des institutions allemandes.

Le ressort mémoriel : lutter contre un nouvel Hitler

L’invité ajoute un élément de contexte essentiel : l’Allemagne demeure travaillée par le poids mémoriel de la Seconde Guerre mondiale. L’atlantisme ouest-allemand s’est construit sur la culpabilité, et désigner la Russie comme un nouvel Hitler permet de réactiver ce ressort. Le Parti Vert, parti de l’Ouest, individualiste, porteur des valeurs progressistes, y est particulièrement réceptif. Ce mécanisme est d’autant plus opérant que les Verts allemands n’ont jamais réussi à s’implanter en Allemagne de l’Est, où la culture politique, marquée par la révolution pacifique de 1989, n’a pas peur de la Russie.

Ce qu’il faut retenir

La conversion des Verts allemands à l’atlantisme le plus belliciste n’est ni une évolution naturelle ni un accident : elle résulte d’une stratégie d’influence institutionnelle américaine patiente, qui s’est appuyée sur les fragilités idéologiques d’un parti né pacifiste. Comprendre ce mécanisme éclaire la politique étrangère allemande actuelle et la difficulté pour la France de peser face à un allié en réalité téléguidé.

Le Souv, pour une France qui s’appartient.

Vidéo « Analyse de la politique et de la puissance allemandes » de OMERTA

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