Quand on évoque la souveraineté économique, une question revient souvent : comment la France protégeait-elle son industrie avant l’intégration européenne ? La réponse tient en un mécanisme aujourd’hui disparu, que François Asselineau, président de l’UPR, a détaillé lors d’un entretien publié le 9 août 2026. Un dispositif qui, pendant près de quatre décennies, a conditionné chaque sortie massive de capitaux à l’intérêt national.
En quoi consistait le contrôle des mouvements de capitaux en France avant 1986 ?
Avant l’Acte unique européen, tout investissement significatif à l’étranger était soumis à l’autorisation de la Direction du Trésor. Cette administration examinait chaque projet selon une triple grille : l’avantage pour l’entreprise, l’avantage pour le pays d’accueil, et surtout les conséquences pour la France. Aucun transfert n’était validé sans que ces trois critères soient satisfaits, et les produits fabriqués à l’étranger ne pouvaient être réimportés sur le territoire national.
« À l’époque, c’était ça n’avait que des avantages. La France prenait pied industriellement en Iran, renforçait les relations, il y avait une logique de puissance. »
François Asselineau (OMERTA)
Ce système, en vigueur sous Vincent Auriol, René Coty, Charles de Gaulle, Georges Pompidou, Valéry Giscard d’Estaing et François Mitterrand, a constitué l’armature de la politique industrielle française pendant les Trente Glorieuses et au-delà.
Une protection qui a structuré l’économie française
L’efficacité du dispositif se mesure à un chiffre : la part de l’industrie dans le PIB français avoisinait 25 à 28 % jusqu’à la fin des années 1970. Aujourd’hui, elle est tombée à 9 %. François Asselineau rappelle que ce contrôle des capitaux n’était pas une lubie protectionniste, mais un outil de politique industrielle utilisé par tous les gouvernements, sans distinction de couleur politique.
Le mécanisme empêchait également l’émergence de fortunes démesurées. Les grandes fortunes françaises des années 1960, à l’image de Sylvain Floirat, pesaient quelques centaines de millions d’euros actuels, sans commune mesure avec les patrimoines accumulés aujourd’hui. La raison est simple : l’argent ne pouvait circuler librement, ce qui limitait mécaniquement l’accumulation financière.
1986, le basculement vers le capitalisme financier
La rupture intervient avec l’Acte unique européen de 1986, puis le traité de Maastricht en 1992. La libre circulation des capitaux devient un principe fondateur. Conséquence immédiate : les investisseurs peuvent désormais installer leurs usines où bon leur semble et réimporter en France les produits fabriqués à bas coût.
« Maintenant, vous pouvez aller faire vos usines à l’autre bout du monde et importer les produits que vous fabriquez. Résultat des courses, c’est la destruction progressive de l’appareil industriel français. »
François Asselineau (OMERTA)
Cette libéralisation a coïncidé avec la multiplication des accords de libre-échange signés par l’Union européenne, dont 18 à ce jour selon François Asselineau, bien au-delà du seul accord avec le Mercosur. Mise en concurrence frontale avec des pays aux standards sociaux et salariaux sans équivalent, l’industrie française a décroché.
Un mécanisme toujours utilisé par les puissances qui montent
La singularité de la situation française apparaît plus nettement encore quand on observe les pratiques des pays émergents. Ni la Chine, ni l’Inde n’ont adopté la libre circulation des capitaux. Ces États contrôlent étroitement les flux financiers entrants et sortants, exactement comme la France le faisait avant 1986. Pour François Asselineau, ce n’est pas un hasard si ces pays affichent une croissance industrielle que l’Europe ne connaît plus : ils ont conservé les outils de souveraineté économique que la France a abandonnés.
Ce qu’il faut retenir
Le contrôle des mouvements de capitaux n’est pas une invention théorique : il a fonctionné en France pendant près de quarante ans, sous des majorités de droite comme de gauche, avec des résultats industriels tangibles. Sa disparition, directement liée à l’intégration européenne, a ouvert la voie à la désindustrialisation accélérée que le pays connaît depuis trois décennies.
Le Souv, pour une France qui s’appartient.
Vidéo « François Asselineau se prononce contre le choc des civilisations » de OMERTA
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