La question du contrôle des plateformes numériques s’est imposée dans le débat public français comme un marqueur de la fracture entre les gouvernants et une partie croissante de la population. Alors que les échéances électorales approchent, la tentation de verrouiller l’espace informationnel se fait plus pressante, comme l’a constaté Alexis Poulin, journaliste et auteur de Transformer la colère, lors d’un entretien publié le 11 septembre 2026 sur la chaîne Omerta.

Pourquoi l’Union européenne et la France renforcent-elles le contrôle des réseaux sociaux en 2026 ?

La réponse tient en trois constats formulés par l’invité au cours de l’échange :

  • Les réseaux sociaux sont devenus le principal espace d’information alternative, échappant au cadrage des médias traditionnels.
  • La prise de conscience populaire s’est accélérée avec les gilets jaunes, le référendum de 2005 et les crises successives, poussant les pouvoirs à chercher des leviers de reprise en main.
  • L’Union européenne, présentée comme un laboratoire de la mondialisation institutionnalisée, fournit le cadre réglementaire de ce contrôle accru.

Une défiance accrue envers les médias traditionnels, un pouvoir qui s’adapte

L’invité insiste sur un glissement structurel : la bulle politico-médiatique ne suffit plus à orienter l’opinion comme par le passé. Les audiences des matinales de référence, à l’image de France Inter et de ses plusieurs millions d’auditeurs quotidiens, continuent certes de peser. Mais la réalité de la guerre informationnelle a changé de nature.

« C’est une fabrique à faire peur, c’est une fabrique à contrôler. Bon, ça on le sait, mais il faut trouver les moyens de toucher un maximum de monde pour les en faire sortir. »

Alexis Poulin (OMERTA)

L’invité rappelle que les plateformes comme X sont redevenues, malgré les tentatives de contournement comme Blue Sky ou l’initiative lancée à Davos, le lieu où se joue l’information en temps réel. Dès lors, le contrôle de ces espaces devient un enjeu de pouvoir, et non plus seulement de régulation des contenus illicites.

L’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans : un tournant autoritaire ?

La proposition, évoquée lors de l’entretien, d’interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans s’inscrit dans une logique plus large que la seule protection de l’enfance. L’invité y voit l’indice d’un basculement plus profond : la tentation de substituer la contrainte à la conviction. Selon lui, le pouvoir, conscient de la fin d’un cycle, mobilise les outils de contrôle qui lui restent.

Il cite le cas d’Adeline Nall, dont les propos sur le service public auraient entraîné des sanctions, pour illustrer ce qu’il appelle « les mots interdits ». La juxtaposition est éclairante : d’un côté, une volonté affichée de protéger les mineurs des écrans ; de l’autre, une restriction potentielle de l’accès à l’information pour les générations montantes, précisément celles qui utilisent les réseaux sociaux comme canal privilégié d’information alternative.

« Ils savent qu’ils ont quelques armes encore assez intéressantes. La censure notamment, on a vu ce qui s’est passé avec Adeline Nall sur France Télé parce qu’elle a osé dire les mots interdits sur le service public. »

L’Union européenne comme cadre de la censure : une souveraineté en trompe-l’œil

L’invité replace cette dynamique dans le cadre plus large de l’intégration européenne. À ses yeux, la France ne fait que traduire dans son droit national des orientations définies à l’échelle européenne. L’idée que l’Union européenne serait un rempart contre les excès des plateformes américaines sert de justification à des mécanismes qui, en pratique, limitent la circulation des idées souverainistes.

Il ne s’agit pas d’un hasard : la presse d’oligarques, comme il la nomme, participe à ce mouvement en invitant régulièrement des personnalités qui incarnent la continuité de ce système, comme François Bayrou ou Thierry Breton. L’ancien commissaire européen est d’ailleurs cité comme l’exemple même de cette « garde prétorienne » du régime qui se déploie à l’approche des échéances politiques.

La conclusion de l’invité est sans ambiguïté : le combat pour la liberté d’expression et l’accès à une information pluraliste est devenu prioritaire. « Pour moi, c’est une urgence aujourd’hui de lutter pour les libertés quand on voit la fin de règne de Macron qui va finir dans une sorte de délire tyrannique extrêmement dangereux. »

Droit existant contre désinformation : un arsenal déjà complet

Le texte porté par la commission spéciale du Parlement européen, dont les travaux ont été discutés en séance le 14 septembre, coexiste avec des dispositifs nationaux que l’historien Éric Branca juge parfaitement opérationnels. L’article 414 du code pénal punit déjà l’intelligence avec une puissance étrangère d’une peine pouvant atteindre trente ans d’emprisonnement et 450 000 euros d’amende. La loi sur la presse du 29 juillet 1881, dans son article 27, sanctionne quant à elle la diffusion de fausses nouvelles de mauvaise foi susceptibles d’ébranler le moral des armées ou d’entraver l’effort de guerre, avec des amendes pouvant monter à 135 000 euros en cas de circonstances aggravantes.

Ce constat conduit Branca à poser une question directe sur la finalité réelle des nouveaux dispositifs envisagés :

« Il ne s’agit plus du tout de protéger l’intérêt national. Il s’agit de contrôler l’opinion pour ne pas qu’elle dévie, pour ne pas qu’elle s’éloigne du narratif officiel. »

Éric Branca (Tocsin+)

L’élément révélateur tient aux propos du ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot sur CNews le 5 septembre : « Tout candidat qui se défie de l’Union européenne sera soutenu, d’une manière ou d’une autre, par Vladimir Poutine. » Cette formulation transforme le scepticisme institutionnel à l’égard de Bruxelles en présomption d’allégeance étrangère, sans acte matériel requis. Dans une campagne électorale, un tel cadre juridique ferait peser sur tout parti non aligné avec la ligne communautaire un soupçon structurel difficile à réfuter.

Bruxelles comme recours : le contournement décrypté

Le cas illustré ce lundi mérite d’être mis en perspective avec un mécanisme plus large que Ghislain Benhessa analyse dans ses travaux : lorsqu’une mesure se heurte aux libertés garanties par le droit national, le réflexe du gouvernement consiste désormais à chercher une validation par le canal européen.

Le scénario est documenté : le Conseil constitutionnel censure une disposition, et dans le mois qui suit, le gouvernement soumet une nouvelle mouture du texte directement à la Commission européenne. Ce faisant, il déplace l’arbitrage de Paris vers Bruxelles, substituant au contrôle d’une institution nationale celui d’une institution dont les membres ne sont pas élus par les Français.

Benhessa rappelle que notre Constitution, en son article 3, établit que

« la souveraineté appartient au peuple qu’il exerce par ses représentants et par la voie du référendum »

Ghislain Benhessa (Ligne Droite • La matinale de Radio Courtoisie)

Un gouvernement qui court-circuite un verrou constitutionnel national en s’appuyant sur une réglementation extérieure inverse cette logique : ce n’est plus le peuple souverain qui tranche, ce sont des instances dont la légitimité démocratique directe reste, au mieux, indirecte. La protection des mineurs en ligne est un objectif que personne ne conteste ; la voie choisie, elle, soulève une question de fond sur la hiérarchie des normes et sur la capacité de la France à légiférer pour elle-même.

Ce qu’il faut retenir

La censure des réseaux sociaux n’est plus une hypothèse : c’est une politique en cours, portée par l’Union européenne et déclinée en France. Face à elle, la bataille de l’information est devenue le premier des combats pour la souveraineté. L’invité appelle à transformer cette colère en capacité d’organisation, sans attendre une élection présidentielle qu’il juge déjà verrouillée par les structures existantes.

Vidéo « Politique française 2027 et mobilisation de la colère citoyenne » de OMERTA

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