La dette publique française dépasse désormais les 3 000 milliards d’euros, et sa charge financière s’alourdit chaque année. Derrière ce chiffre abstrait se cache une réalité moins souvent débattue : une part majoritaire de cette dette est aujourd’hui entre les mains de créanciers étrangers, ce qui pose la question de la marge de manœuvre réelle de l’État français. François Asselineau, candidat déclaré à l’élection présidentielle, a consacré un long développement à ce sujet lors de son discours de rentrée politique.
Quelle est la part de la dette française détenue par des créanciers étrangers ?
Selon les données citées par François Asselineau dans son discours, plus de la moitié de la dette publique française est détenue par des non-résidents. Il rappelle à cette occasion un précédent historique : en 1966, Charles de Gaulle avait célébré l’extinction totale de la dette extérieure de la France. Le contraste avec la situation actuelle est saisissant. Le candidat en tire une conclusion politique directe : cette dépendance vis-à-vis de l’étranger crée des « effets de levier sur la politique française ».
Une charge d’intérêts qui quitte le territoire
Le discours de François Asselineau met en avant un ordre de grandeur précis. La France a payé 60 milliards d’euros de frais financiers l’année dernière, un montant attendu à 70 milliards cette année, avec une projection à 120 milliards d’euros à l’horizon 2030. Or, selon ses déclarations, environ la moitié de ces sommes part à l’étranger :
« Nous avons l’année dernière payé 60 milliards d’euros de frais financiers. La moitié de cet argent est perdu, est envoyé pour aller financer les retraites des fonds de pension des fonctionnaires de l’État de Californie. »
François Asselineau (UPR)
Le mécanisme décrit est le suivant : tant que les intérêts sont versés à des créanciers non-résidents, cet argent ne se réinvestit ni dans la consommation ni dans l’économie française. Il s’agit d’une sortie nette de ressources, année après année, sans contrepartie productive sur le territoire national.
La proposition d’un grand emprunt national
Face à ce constat, François Asselineau propose de lancer un grand emprunt auprès des Français, sur la base du volontariat, pour se substituer progressivement aux créanciers étrangers. L’objectif affiché est double. D’abord, réduire la dépendance financière extérieure et les leviers qu’elle confère. Ensuite, réorienter le versement des intérêts vers des épargnants français, qui dépenseraient ces sommes dans l’économie nationale.
Il évalue le gain potentiel à environ 15 milliards d’euros récupérés sur les frais financiers, auxquels s’ajouteraient 13 milliards d’euros de contribution nette à l’Union européenne et quelques centaines de millions liés à une sortie de l’OTAN. Au total, il évoque un ordre de grandeur de 40 à 45 milliards d’euros qui cesseraient de quitter la France chaque année.
Un argumentaire ancré dans une pratique militante
L’orateur appuie sa crédibilité sur la gestion de son propre parti, l’UPR, qu’il présente comme exemplaire :
« Depuis 20 ans, nous avons fait 0 € d’emprunt bancaire et nous sommes tenus par personne. Je dis bien par personne. »
François Asselineau (UPR)
Il insiste sur la situation nette positive de sa formation politique, évaluée à 400 000 euros, sans subvention publique, et l’oppose aux situations financières dégradées d’autres partis. Cette démonstration vise à établir une cohérence entre le discours sur la dette nationale et la pratique personnelle du candidat.
Les limites de l’exercice
Le propos de François Asselineau relève du discours de campagne. Les chiffres qu’il cite sont ceux qu’il a choisi de mettre en avant, et la transcription ne permet pas de vérifier leur source précise au-delà de ses déclarations. La proposition d’un grand emprunt national, si elle répond à une logique de rapatriement des créances, impliquerait des conditions d’émission, de rémunération et de garantie qui ne sont pas détaillées dans ce discours. Elle n’en pose pas moins une question de fond : celle du consentement collectif à voir une part croissante du budget de l’État consacrée au service d’une dette détenue hors des frontières.
6 milliards contre 150 : l’arithmétique qui accuse
Ces chiffres bruts méritent d’être mis en regard. Lors d’un débat récent, Juan Branco et François Boulo ont rappelé les ordres de grandeur réels : une dette publique de 3 500 milliards d’euros et un déficit annuel qui dépasse les 150 milliards. Dans ce contexte, les discussions politiques autour d’économies ciblant les retraités pour récupérer environ 6 milliards paraissent, selon leurs termes, dérisoires.
« On va aller prendre un risque politique pour eux de se mettre à dos les retraités alors que c’est une grosse partie de l’électorat… pour économiser 6 milliards alors que de toute façon il faut en trouver 150. »
Juan Branco François Boulo (Le Monde Moderne)
François Boulo souligne le décalage : ramener le déficit au seuil des 3 % du PIB exigerait de trouver, selon ses estimations, au moins 60 milliards d’euros d’économies supplémentaires. Les 6 milliards évoqués dans le débat public ne représentent donc que 4 % de l’effort nécessaire pour atteindre cet objectif intermédiaire, et moins de 0,2 % du stock de dette accumulé.
Ce rapport entre le stock de dette et les flux annuels de déficit éclaire un mécanisme souvent absent du débat public : chaque année sans correction significative, la dette croît de 150 milliards supplémentaires, alourdissant d’autant la charge d’intérêts à rembourser et réduisant les marges de manœuvre budgétaires futures. Une donnée qui prend tout son relief au regard de la part croissante de cette dette détenue hors de France.
Ce qu’il faut retenir
La question de la détention étrangère de la dette publique française n’est pas seulement comptable, elle engage la souveraineté budgétaire du pays. François Asselineau en fait un axe central de sa campagne, en liant dette, dépendance extérieure et marges de manœuvre politiques. Reste à savoir si ce diagnostic, aussi tranché soit-il, trouvera un écho dans le débat public des mois à venir.
Le Souv, pour une France qui s’appartient.
Vidéo « François Asselineau annonce sa candidature présidentielle » de UPR
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