L’affaire du CV de Sébastien Lecornu, blanchi par la Cour de justice de la République, pose une question simple : ailleurs dans le monde, que se passe-t-il quand un responsable politique se prévaut d’un diplôme qu’il n’a pas ? La réponse, documentée dans plusieurs démocraties, est sans ambiguïté.
Pourquoi comparer les cas de démission pour faux diplôme en Allemagne, Norvège, Espagne ou Japon ?
Dans la plupart des pays où les faits sont établis, la sanction est immédiate et publique. L’Allemagne a vu au moins quatre responsables de premier plan contraints à la démission entre 2011 et 2021 pour plagiat de thèse. La Norvège a connu deux démissions ministérielles en deux jours en janvier 2024. En Espagne, une députée a perdu tous ses mandats après la découverte de diplômes inexistants. Le Japon, le Pakistan, la Hongrie, la Roumanie et le Kirghizistan présentent eux aussi des cas de destitution ou de démission forcée. En France, ni Emmanuel Macron ni Sébastien Lecornu n’ont subi de conséquence comparable.
L’Allemagne, ou la révocation pour cause de plagiat
Le titre de docteur possède en Allemagne une valeur sociale particulière. Cette révérence a paradoxalement poussé plusieurs responsables politiques à s’en prévaloir indûment.
L’invité rappelle les cas successifs qui ont marqué la vie politique allemande :
« En 2011, Karl-Theodor zu Guttenberg, ministre de la Défense, a été accusé d’avoir plagié sa thèse de doctorat en droit. Il a dû quitter le gouvernement d’Angela Merkel sous l’opprobre public. »
Vidéo de l’UPR
Suivront Silvana Koch-Mehrin, vice-présidente du Parlement européen, contrainte à la démission la même année, puis Annette Schavan, ministre de l’Éducation en 2013. L’université de Düsseldorf lui retira son doctorat, concluant qu’elle s’était livrée « systématiquement et intentionnellement au plagiat » dans sa thèse soutenue en 1980. En 2021, la ministre de la Famille Franziska Giffey a dû à son tour annoncer sa démission pour des faits similaires.
Le schéma est constant : la découverte du plagiat entraîne la démission, sans que l’ancienneté ou la popularité n’y change rien.
Norvège : deux ministres en deux jours
Le cas norvégien est particulièrement instructif par sa rapidité. En janvier 2024, Sandra Borch, ministre de la Recherche et de l’Enseignement supérieur, est démasquée par un étudiant qu’elle avait elle-même fait poursuivre pour plagiat. Elle démissionne le jour même.
Le lendemain, la ministre de la Santé, Ingvild Kjerkol, connaît le même sort après la révélation d’un plagiat dans sa thèse. Le Premier ministre norvégien conclut que le plagiat avait été intentionnel et qu’une démission s’imposait.
L’invité souligne l’ironie de la situation : « C’est comme pour l’Allemagne, parce que madame Borch, qui était ministre de la Recherche et de l’Enseignement supérieur, avait justement mené une politique stricte contre le plagiat dans les universités norvégiennes. »
Espagne, Japon, Hongrie, Pakistan : la démission comme règle commune
En Espagne, la députée du Parti populaire Noelia Núñez affirmait être diplômée en droit, administration publique et philologie anglaise. Aucun de ces diplômes n’existait. Elle a dû démissionner de tous ses mandats.
Au Japon, une maire de la préfecture de Shizuoka s’était prévalue d’un diplôme de l’université de Tokyo, la plus prestigieuse du pays. La presse a vérifié, le document n’existait pas. La maire a été contrainte à la démission.
En Hongrie, c’est un président de la République qui a dû quitter ses fonctions. Pál Schmitt avait copié 197 des 215 pages de sa thèse de doctorat. Le Parlement a accepté sa démission par 338 voix contre 5.
Au Pakistan, un chef de gouvernement régional a été destitué en 2023 pour un diplôme d’avocat frauduleux. Une sénatrice a été disqualifiée pour un diplôme d’études secondaires inexistant. Le Kirghizistan, enfin, a lancé une vérification massive des diplômes des fonctionnaires d’État : près de cent officiels, dont des parlementaires et des juges, ont été soupçonnés, et plusieurs ont perdu leur siège.
La France, exception dans ce paysage
Le contraste avec la France est net. Sébastien Lecornu s’était prévalu d’un master de droit public alors qu’il n’avait validé que la première année. L’information figurait sur le site de Matignon. Après la révélation des faits, la Cour de justice de la République a jugé irrecevable la demande du Snapen, au motif que le syndicat n’avait pas subi de préjudice direct.
L’invité note que la falsification du CV ne lèse pas seulement un syndicat particulier :
« Il a lésé la dignité de la fonction, il a lésé le peuple français et il s’est prévalu de quelque chose qui n’existait pas. »
Vidéo de l’UPR
À cela s’ajoute le cas d’Emmanuel Macron, qui a laissé dire qu’il était diplômé de l’École normale supérieure, alors qu’il a échoué deux fois au concours. L’intéressé n’a jamais corrigé publiquement cette information, reprise par son mentor Alain Minc devant les caméras. En 2016, il avait également affirmé échanger avec un intellectuel tunisien, Abdelwahab Meddeb, décédé plusieurs années auparavant.
Ce qu’il faut retenir
Les cas recensés en Allemagne, en Norvège, en Espagne, au Japon, en Hongrie et au Pakistan montrent une constante : la découverte d’un faux diplôme entraîne la démission dans les jours qui suivent. La France, avec un président et un Premier ministre concernés par des faits de nature comparable, n’a appliqué aucune sanction. La comparaison internationale rend visible ce décalage et pose la question de l’exemplarité attendue des responsables publics.
Vidéo « Cour de Justice de la République et faux CV » de UPR
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