Depuis le début du conflit ukrainien, l’Europe s’est engagée dans une posture d’hostilité radicale envers la Russie. Mais ce positionnement, justifié par des valeurs et des principes, a progressivement effacé la frontière entre convictions morales et intérêts stratégiques. Pour Caroline Galactéros, invitée le 15 juillet 2026 sur la chaîne OMERTA, ce glissement traduit une dérive inquiétante : l’invasion de l’idéologie dans les calculs diplomatiques européens, au détriment du réalisme le plus élémentaire. Un constat qui soulève une question fondamentale sur la capacité de l’Europe à peser dans les crises internationales.

Pourquoi l’Europe est-elle devenue incapable de mener une diplomatie réaliste dans la crise ukrainienne ?

L’Europe a abandonné la diplomatie classique au profit d’une posture idéologique rigide. Caroline Galactéros identifie trois mécanismes à l’œuvre : la construction d’un mythe (celui de la souveraineté politique ukrainienne), l’incapacité à reconnaître l’impasse militaire sur le terrain, et l’auto-intoxication par un discours guerrier qui empêche toute désescalade. Résultat : une Europe sans marge de manœuvre, enfermée dans ses propres déclarations.

Un mythe aux conséquences bien réelles

L’un des piliers de cette dérive idéologique, selon Caroline Galactéros, est le récit entretenu autour de Volodymyr Zelensky. Présenté comme un président pleinement souverain dans ses décisions, le dirigeant ukrainien serait en réalité tributaire de l’aide occidentale.

« On fait de Volodymyr Zelensky un président autonome dans ses décisions, souverain. Or ça, c’est quand même très largement un mythe. Le mythe de la souveraineté ukrainienne politique. »

Caroline Galactéros (OMERTA)

Cette fiction politique a une fonction. Elle permet aux capitales européennes de justifier leur soutien inconditionnel tout en évitant d’assumer la responsabilité des choix stratégiques. Mais elle empêche aussi toute issue négociée. Tant que Kiev maintient des exigences maximalistes (une capitulation russe), et que les Européens refusent de reconnaître qu’ils ont les moyens de faire pression sur leur allié, le conflit reste dans une impasse totale.

Quand le discours guerrier étouffe la diplomatie

La seconde manifestation de cette emprise idéologique est la rhétorique martiale qui domine le débat public européen. Caroline Galactéros décrit un continent qui se prépare activement à une guerre avec la Russie d’ici 2030, multipliant les déclarations belliqueuses et les programmes de réarmement.

Cette escalade verbale n’est pas sans conséquences. Elle convainc Moscou que l’hostilité européenne n’est pas conjoncturelle mais structurelle. Des voix de plus en plus radicales s’élèvent dans l’entourage du Kremlin, appelant à des réponses plus dures, y compris des frappes conventionnelles sur le sol européen ou des avertissements nucléaires tactiques. « C’est extrêmement grave quand même », souligne l’invitée, qui s’inquiète que les Européens « font semblant de croire que les Russes bluffent ».

Le problème est là : à force de traiter toute parole russe comme de la propagande, l’Europe s’est privée de sa capacité à interpréter les signaux, à jauger les menaces réelles et à calibrer ses réponses. La diplomatie suppose d’écouter l’adversaire, pas seulement de le condamner.

Une Europe déclassée, isolée entre l’Est et l’Ouest

Cette dérive idéologique produit déjà des effets géopolitiques concrets. L’Europe, note Caroline Galactéros, est en train de perdre toute utilité stratégique. Les États-Unis, tout en maintenant leur soutien à l’Ukraine, se désengagent progressivement pour se concentrer sur le Moyen-Orient et la rivalité avec la Chine. La Russie, elle, tourne le dos au continent pour regarder vers l’Asie.

Dans ce grand jeu, les puissances comme la Chine et la Turquie gagnent en influence précisément parce qu’elles ne sont pas prisonnières d’une posture idéologique. Elles peuvent parler à tous les acteurs, proposer des médiations, offrir des garanties. L’Europe, en revanche, s’est coupée de Moscou, s’accroche à Washington mais s’en fait mépriser, et n’a plus aucun canal diplomatique autonome.

« Nous, on est en train de devenir une espèce de ventre mou qui s’agite, qui s’agite, qui s’agite, mais qui n’a plus les moyens, ni financier, ni politique. »

Caroline Galactéros (OMERTA)

La conclusion de Caroline Galactéros est sans appel : « pour moi, c’est la pire des situations pour l’Europe. »

Ce qu’il faut retenir

L’Europe a substitué la posture morale à la diplomatie, et ce choix a un coût : une guerre qui s’enlise, un risque d’escalade non maîtrisé, et un affaiblissement géopolitique durable. La vocation historique d’un continent comme le nôtre, rappelle l’invitée, « ce serait de faire des ponts ». Au lieu de quoi, l’Union européenne érige des murs dans tous les sens, se privant de sa meilleure protection : la capacité à parler à tous.

Le Souv, pour une France qui s’appartient.


Voir aussi

Vidéo « Analyse de la situation politique et sociale selon OMERTA » de OMERTA

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