En septembre 2026, l’Islande a de nouveau dit non à l’Union européenne, cette fois sur la reprise des négociations d’adhésion, par 52,5 % des voix. Ce scrutin s’inscrit dans une trajectoire singulière : celle d’un pays qui, après la crise bancaire de 2008, a choisi une voie à contre-courant de la gestion européenne des faillites financières. Retour sur une expérience que l’invité de l’émission, analyste politique et souverainiste, décrit comme un contre-modèle documenté.

Crise islandaise de 2008 : pourquoi le pays a-t-il refusé de renflouer les banques ?

L’Islande a adopté en 2008 une stratégie inverse de celle des autres pays : plutôt que de renflouer les banques sans contrepartie, elle a laissé les établissements défaillants assumer leurs pertes et a engagé des poursuites pénales contre les dirigeants responsables. Deux référendums, en 2010 et 2011, ont ensuite confirmé ce cap : les Islandais ont refusé d’indemniser les clients britanniques et néerlandais des banques islandaises. La cour de l’AELE leur a donné raison en 2013.

Une rupture assumée avec la gestion européenne des crises bancaires

Loin de s’aligner sur la City de Londres ou sur les plans de sauvetage adoptés ailleurs en Europe, l’Islande a fait un choix politique explicite. Selon l’invité, « l’Islande a pris une stratégie à l’inverse des autres pays qui ont renfloué les banques sans prendre du tout le contrôle ou très partiellement et très temporairement ».

Ce refus s’est traduit par des sanctions pénales réelles. L’invité rappelle que « des banquiers ont été mis en prison » et que le Royaume-Uni comme les Pays-Bas ont porté plainte devant la cour de l’AELE. En 2013, cette cour a donné raison à l’Islande : le référendum était respectueux de la souveraineté populaire et le pays n’avait pas à payer pour les erreurs des banquiers.

Le référendum comme instrument de souveraineté

L’Islande se distingue également par sa pratique référendaire. Dans ce pays, les référendums sont consultatifs, mais les gouvernements s’engagent à en suivre le résultat. L’invité souligne le contraste avec la France :

En France, ils ne sont pas consultatifs mais on ne les suit pas. En Islande, ils sont consultatifs simplement mais on les suit.

Idriss Aberkane

Ce fonctionnement a permis aux Islandais de trancher directement des questions économiques lourdes, sans passer par le filtre des institutions représentatives ou des traités internationaux.

Les raisons structurelles de la résilience islandaise

Plusieurs facteurs expliquent pourquoi l’Islande a pu tenir tête aux pressions extérieures après 2008. D’abord, sa monnaie propre : contrairement à la Grèce, prisonnière de l’euro, l’Islande pouvait dévaluer pour absorber le choc. L’invité rappelle les chiffres de la crise grecque : « 47 % d’augmentation de la mortalité infantile, 300 000 Grecs chassés de leur terre », soit l’équivalent de six millions de Français à échelle proportionnelle.

Ensuite, les Islandais ont observé la « crucifixion » de la Grèce et en ont tiré les conséquences. La différence majeure entre les deux situations tenait précisément à la capacité de dévaluer. Cette expérience a renforcé le refus islandais de toute mise sous tutelle européenne.

Un résultat que Bruxelles n’avait pas vu venir

Ce qui frappe dans ce vote, c’est d’abord la surprise institutionnelle. Jusqu’à la veille du scrutin, la quasi-totalité des sondages donnait le « oui » gagnant, à une exception près, le dernier sondage publié, qui a renversé le pronostic. Bruxelles s’y attendait d’autant moins qu’un « oui » islandais devait servir de levier pour convaincre la Norvège de rejoindre l’Union à son tour.

Le gouvernement islandais lui-même, pourtant favorable à l’adhésion, a dénoncé des ingérences de l’Union européenne dans la campagne. Une accusation rare venant d’un exécutif pro-européen, qui illustre l’intensité des pressions exercées.

Pierre-Yves Rougeyron, fondateur du cercle Aristote, souligne ce que ce vote dit de la mémoire collective islandaise :

« L’Islande sait qu’elle n’a pas eu le supplice de la Grèce parce qu’elle était libre. Parce que la Grèce et l’Islande, on est à peu près dans le même problème, mis à part qu’il y en a un qui était libre et l’autre qui l’était pas. »

Pierre-Yves Rougeyron (chaîne Florian Philippot)

La référence est directe : quand Athènes, sous pression de la troïka, a dû purger ses comptes au prix d’une émigration massive, Reykjavik a pu dévaluer sa monnaie, mettre ses banquiers en cause devant la justice et soumettre chaque étape à des référendums. Ce précédent reste vivant dans les esprits.

Le clivage géographique du scrutin rappelle aussi celui de 2005 en France : la capitale Reykjavik a voté « oui », le reste du pays a dit non, à 60 % chez les moins de 30 ans.

Ce qu’il faut retenir

L’Islande a démontré qu’une gestion souveraine des crises bancaires est possible : refus du renflouement inconditionnel, poursuites pénales, consultation directe du peuple et monnaie nationale ont permis au pays de se redresser sans s’aligner sur Bruxelles. Cette trajectoire éclaire d’un jour particulier le référendum de septembre 2026, où les Islandais ont une nouvelle fois choisi l’indépendance. Un cas d’école dont le débat français gagnerait à s’inspirer.

Le Souv, pour une France qui s’appartient.

Vidéo « Référendum sur l’adhésion à l’UE dans une île de 400 000 habitants » de Idriss J. Aberkane, Ph.D x3

Pour aller plus loin

Cet article vous a-t-il été utile ?

Qu’est-ce qui n’allait pas ? (facultatif)

Signaler une erreur

Merci, c’est noté.