La justice française traverse une crise de confiance profonde, alimentée par des scandales successifs et le sentiment tenace d’une institution coupée du peuple. Au cœur de ce malaise se trouve une question rarement posée dans le débat public : qu’est devenu le jury populaire, cet acquis révolutionnaire qui faisait du citoyen ordinaire un acteur direct de la décision judiciaire ?
Que reste-t-il du jury populaire en France et pourquoi son recul affaiblit-il la démocratie ?
Interrogé lors des Assises de la souveraineté à Arras, Juan Branco dresse un constat sans détour : la France a progressivement retiré les jurés populaires de son système judiciaire, à l’inverse du Royaume-Uni où des jurys interviennent à presque tous les niveaux, y compris pour les petits délits. Ce recul favorise, selon lui, « des phénomènes d’endogamie ou de complaisance », puisque les magistrats jugent seuls, entre pairs, sans contrôle citoyen effectif. Le problème est double : une justice moins légitime aux yeux du peuple et une magistrature moins exposée à la sanction du réel.
Un acquis révolutionnaire en voie d’extinction
Le jury populaire n’est pas un détail technique de l’organisation judiciaire. Il est l’une des conquêtes majeures de la Révolution française, un marqueur de la souveraineté populaire appliquée au domaine le plus sensible qui soit : décider de la liberté, de la culpabilité, parfois de la vie d’autrui. Or, comme le souligne Juan Branco dans cet entretien, la dynamique française des dernières décennies a été « une dynamique d’extinction d’un acquis révolutionnaire », une érosion lente mais continue de la participation citoyenne à la justice.
Cette évolution n’est pas neutre. Elle consacre une professionnalisation intégrale de la décision judiciaire, confiée à des corps formés entre eux, recrutés par concours, socialement homogènes. Le risque identifié par Juan Branco est celui d’une forme d’endogamie : des magistrats qui se jugent entre eux, se protègent entre eux, et échappent à tout regard extérieur issu de la société civile. Le jury populaire fonctionnait comme un garde-fou, une intrusion du sens commun et de l’expérience ordinaire dans un univers clos.
Le contre-modèle britannique : le citoyen au cœur de la décision
Juan Branco oppose au cas français l’exemple du Royaume-Uni, où le jury populaire demeure une institution vivante. Là-bas, des jurés citoyens interviennent « quasiment à toute échelle, y compris pour les petits délits ». Cette présence massive du jury dans le système britannique produit plusieurs effets : elle maintient un lien direct entre la population et la justice, elle oblige les magistrats à rendre des décisions compréhensibles et acceptables par des non-professionnels, et elle réduit mécaniquement les risques de connivence au sein d’un corps restreint.
Le contraste est frappant avec la France, où le jury ne subsiste qu’aux assises, pour les crimes les plus graves, et encore avec une composition mixte aux côtés de magistrats professionnels. Pour la très grande majorité des affaires, du tribunal correctionnel au tribunal de commerce, le citoyen est absent. La décision de justice devient une affaire de spécialistes, renforçant la distance entre le peuple et ses juges.
Reconstruire le contrôle populaire sur la magistrature
La proposition avancée par Juan Branco ne se limite pas à un constat historique. Elle s’inscrit dans une réflexion plus large sur la reprise en main démocratique du système judiciaire. Il s’agit de « reprendre le contrôle sur la justice » et de « remettre du jury comme en Angleterre au Royaume-Uni ». L’idée centrale est que les jurés populaires, par leur simple présence, contrôlent les magistrats et empêchent que la justice ne devienne une affaire de caste.
Cette refonte passe aussi par un travail de transparence et de réexamen des scandales récents. Juan Branco évoque la nécessité de « comités de poursuite » sur les grandes dérives des dix dernières années, avec des moyens judiciaires enfin débloqués. Il cite également l’affaire Liana et « d’autres scandales » comme symptômes d’une crise de confiance que seule une réappropriation citoyenne de la justice pourrait résoudre.
« Si les Français se réapproprient le fonctionnement de la justice, il y aura la solution naturelle à la crise de confiance. »
Juan Branco (chaîne Florian Philippot)
Ce qu’il faut retenir
Le recul du jury populaire en France n’est pas une simple évolution technique : c’est un recul démocratique mesurable, qui concentre la décision judiciaire entre les mains d’un corps professionnel peu exposé au regard citoyen. L’exemple britannique montre qu’un autre équilibre est possible, où le juré ordinaire retrouve une place centrale à presque tous les niveaux. Rouvrir ce débat, c’est réinterroger la place du peuple dans l’une des fonctions régaliennes les plus sensibles de l’État, et poser la question de la légitimité démocratique de la justice contemporaine.
Vidéo « Discussion entre Juan Branco et Florian Philippot » de FLORIAN PHILIPPOT
Pour aller plus loin
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