Le concept de souveraineté désigne le pouvoir suprême et exclusif d’une autorité politique sur un territoire et sur les hommes qui l’habitent. Forgé au XVIe siècle par Jean Bodin dans Les Six Livres de la République (1576), il désigne d’abord la prérogative du monarque, puis, après 1789, du peuple constitué en nation. Carl Schmitt en a donné la formule la plus tranchée : « Est souverain celui qui décide de la situation exceptionnelle. »
Dans le débat contemporain, la souveraineté n’est pas un absolu juridique mais une capacité concrète. Frédéric Lordon distingue ainsi la souveraineté formelle (les institutions) de la souveraineté réelle (le pouvoir effectif d’agir). Une nation peut posséder un drapeau, une Constitution et un gouvernement, et avoir cédé l’essentiel de sa souveraineté monétaire, commerciale ou militaire à des instances supranationales ou à des marchés financiers.
Le souverainisme défend l’idée que cette capacité doit être réappropriée par le peuple via ses représentants élus. Il ne s’oppose pas par principe à la coopération internationale, mais à toute architecture qui dépossède durablement les citoyens du pouvoir de décider de leur destin commun.
Synonymes : indépendance, autonomie politique
Cette définition vous a-t-elle été utile ?
Qu’est-ce qui n’allait pas ? (facultatif)
Merci, c’est noté.
Variantes de la souveraineté
Souveraineté formelle et souveraineté réelle
Distinction popularisée par Frédéric Lordon : la souveraineté formelle est l’enveloppe juridique (drapeau, Constitution, parlement) ; la souveraineté réelle est la capacité effective de décider. Une nation peut conserver la première et avoir abandonné la seconde sur la monnaie, le commerce, ou les frontaliers.
Souveraineté nationale et souveraineté populaire
La souveraineté nationale (1789) attribue le pouvoir à la Nation comme entité abstraite représentée par les élus. La souveraineté populaire (Rousseau) le donne directement au peuple, exerçable par référendum. La Vè République combine les deux logiques.
Souveraineté monétaire
Capacité pour un État d’émettre sa monnaie, d’en fixer la valeur et d’en orienter l’usage. Transférée à la BCE pour les pays de la zone euro depuis 1999, elle est au cœur de la critique souverainiste de Maastricht.
Leur vision de la souveraineté
Charles de Gaulle
Pour le général de Gaulle, la souveraineté est l’horizon non négociable de la politique française : « La France ne peut être la France sans grandeur. » Cette grandeur passe par l’indépendance monétaire (le franc, l’or), militaire (la force de frappe, sortie du commandement intégré de l’OTAN en 1966) et diplomatique (politique arabe, reconnaissance de la Chine en 1964).
Marie-France Garaud
Marie-France Garaud défend une souveraineté comme bien suprieur de la nation, héritée de Bodin et du gaullisme. Elle s’est opposée à Maastricht (1992) puis au Traité constitutionnel européen (2005) en faisant campagne contre, au nom du primat de la souveraineté nationale sur les traférences de compétence européens.
Articles mentionnant la souveraineté
Étymologie du mot souveraineté
Du latin superanus (« qui est au-dessus »), de super (« au-dessus, sur »). Le mot apparaît au XIIIe siècle en français ancien sous la forme « souveraineté » pour désigner la qualité du seigneur souverain. Théorisé en concept politique par Jean Bodin dans Les Six Livres de la République (1576), à partir du moment où il est arraché à la sphère féodale pour désigner le pouvoir suprême de l’État moderne.
