L’annonce d’un abondement de 36 milliards d’euros à la loi de programmation militaire, qui s’élevait déjà à 413 milliards, marque un effort budgétaire significatif pour les armées françaises. Interrogé par la chaîne OMERTA, le général Henri Roure, docteur en sciences politiques et ancien des troupes de marine, salue cette décision tout en appelant à en examiner la portée réelle. « On réarme et c’est une bonne chose », déclare-t-il, rappelant que durant des années, « on a sacrifié les armées » sous l’effet des « dividendes de la paix ».

L’officier général insiste sur la qualité du matériel et du personnel qui défileront, soulignant le professionnalisme des soldats français. Mais il met en garde contre une illusion d’autonomie si ces crédits devaient financer des achats extérieurs. Il rappelle que la France dispose d’une base industrielle et technologique de défense totalement autonome, une exception en Europe où la plupart des équipements restent d’origine américaine, soumis aux restrictions de la norme ITAR. La question sous-jacente est donc simple : ces 36 milliards profiteront-ils aux usines et bureaux d’études français, ou alimenteront-ils le lobby militaro-industriel états-unien ?

L’effort est réel, mais sa destination conditionne la souveraineté opérationnelle du pays. Un réarmement qui ne renforcerait pas l’indépendance nationale ne serait qu’un chèque signé à d’autres puissances.


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2030, une échéance à géométrie variable

L’horizon fixé par la LPM 2024-2030 se heurte à un calendrier politique peu favorable : une élection présidentielle interviendra avant l’échéance, et aucun successeur n’est lié par les engagements budgétaires de l’exécutif actuel. C’est précisément ce qu’interroge le colonel Jacques Hogard, officier supérieur et ancien parachutiste de la Légion étrangère :

« On parle de la loi de programmation militaire 2024-2030, on voudrait qu’en 2030 nous soyons remontés à 2,5 % du PIB, ce qui est normalement la norme exigée par l’OTAN. Mais en réalité, il faudrait que la France consacre au moins 3 ou 4 % de son PIB si elle voulait avoir un outil de défense digne de ce nom. »

Jacques Hogard (Chaîne officielle TVL)

L’écart entre l’objectif affiché et le besoin estimé n’est pas seulement budgétaire. Il se traduit par des lacunes concrètes et mesurables. Le véhicule de combat d’infanterie Griffon, pourtant présenté comme un marqueur de la modernisation de l’armée de terre, n’est à ce jour pas encore déployé dans l’ensemble des régiments d’infanterie. Ces mêmes régiments ont vu leurs effectifs réduits de façon significative au fil des années. À cette sous-dotation en matériel s’ajoutent des difficultés de recrutement et de fidélisation, au point que les armées ont engagé des campagnes pour attirer des personnels civils vers des fonctions jusqu’ici assurées par des militaires. La question de la condition militaire, c’est-à-dire des rémunérations et des perspectives de carrière, reste selon Hogard insuffisamment prise en compte pour enrayer cette érosion des effectifs.

2027 : l’année qui mettra la LPM à l’épreuve

La question du financement ne se limite pas aux chiffres affichés. Derrière l’enveloppe de 413 milliards d’euros prévue pour la période 2024-2030 et le budget des armées porté à 68 milliards d’euros en 2026, soit une hausse de 6,7 milliards sur un an, se pose un problème de continuité politique que les débats parlementaires n’ont guère abordé.

Jacques Hogard, ancien officier supérieur et parachutiste de la Légion étrangère, formule l’objection sans détour :

« En 2027, on va changer de président de la République. L’administration qui va lui succéder sera-t-elle favorable à maintenir cette loi de programmation militaire, à l’augmenter ou à la diminuer ? Personne ne le sait aujourd’hui. »

Jacques Hogard (OMERTA)

Ce n’est pas une crainte abstraite. L’histoire récente des lois de programmation militaire françaises montre qu’elles ont régulièrement servi de variable d’ajustement budgétaire, selon les priorités des gouvernements successifs. Une loi de programmation n’est pas un budget constitutionnellement verrouillé : elle peut être révisée, ralentie, voire suspendue.

L’enjeu est d’autant plus concret que l’objectif affiché d’atteindre 3 % à 3,5 % du PIB consacré à la défense d’ici 2030 exige une progression soutenue et continue. Toute inflexion après 2027 compromettrait mécaniquement les livraisons de matériels déjà contractualisées, la montée en puissance des réservistes et les plans de recrutement. Ce que la loi promet, l’alternance peut défaire.

Porte-avion ou drones navals : un arbitrage qui engage l’avenir

Ce débat n’est pas seulement technique : il reflète une tension budgétaire structurelle que la loi de programmation militaire ne dissout pas. La Marine nationale estime avoir besoin d’environ 18 frégates pour surveiller l’ensemble de son domaine maritime, soit le deuxième au monde avec près de 11 millions de kilomètres carrés. Elle sait qu’elle ne les obtiendra pas.

C’est dans cet écart que s’inscrit la question du second porte-avion, ou plutôt du futur porte-avion unique destiné à remplacer le Charles de Gaulle. Un ancien adjoint du chef d’état-major des armées pour les relations internationales, participant à cet échange, formule la question ainsi : faut-il encore concentrer des ressources considérables sur un tel bâtiment, ou rediriger ces crédits vers la dronisation navale ?

« Un porte-avion est un outil précieux qui coûte cher, et le rapprocher des côtes c’est évidemment prendre quelques risques, mais on a aussi des capacités maintenant d’agir de très loin. »

Vidéo d’OMERTA

L’argument en faveur de la dronisation n’est pas théorique. Des hélicoptères dronisés de près d’une tonne, capables d’opérer à grande distance depuis un bâtiment porteur, sont déjà en développement. Couplés à l’intelligence artificielle et aux constellations de satellites, ils permettraient d’étendre la surveillance maritime sans multiplier les coques. La mer Rouge a récemment démontré que la Marine française sait intervenir sous menace de missiles balistiques et de drones, mais aussi que la capacité à « durer » reste le maillon le plus fragile de la chaîne opérationnelle.

Vidéo « Analyse du discours du 14 juillet » de OMERTA

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