La fin d’un quinquennat s’accompagne souvent d’une accélération des nominations dans la haute fonction publique. Le phénomène n’est pas né avec Emmanuel Macron, mais son ampleur actuelle interroge jusqu’aux observateurs les plus aguerris de la vie administrative française.

Les nominations de fin de mandat sont-elles une tradition républicaine ?

Oui, la saturation de l’appareil d’État avant une alternance s’inscrit dans une pratique documentée depuis quarante ans. Trois éléments clés ressortent des travaux de l’invité : les charrettes de combat de François Mitterrand en mars 1986 avant la première cohabitation, les mouvements préfectoraux massifs de Nicolas Sarkozy en 2012 avant l’arrivée de la gauche, et la vague actuelle qui, selon lui, dépasse ces deux précédents par sa nature. Là où ses prédécesseurs recyclaient des proches dans des inspections générales ou des préfectures de terrain, le pouvoir actuel aurait ciblé les contrepouvoirs inamovibles de la République.

François Mitterrand et Nicolas Sarkozy : deux précédents fondateurs

En mars 1986, François Mitterrand, anticipant la victoire de la droite aux législatives, a théorisé ce que l’invité appelle la doctrine des charrettes de combat. L’objectif était simple : saturer les ambassades et les directions publiques avec des cadres socialistes pour compliquer la tâche du futur gouvernement de Jacques Chirac. Une stratégie défensive, pensée pour la cohabitation, mais qui restait cantonnée à l’administration active.

Nicolas Sarkozy a reproduit le schéma en 2012. Avant l’élection de François Hollande, un vaste mouvement de préfets a été orchestré. Là encore, il s’agissait de placer des fidèles à des postes de commandement territorial, pas de verrouiller les institutions de contrôle.

L’invité le résume ainsi : « Là où ses prédécesseurs recyclaient des potes dans des inspections générales ou des préfectures de terrain, la Macronie a méthodiquement colonisé les contrepouvoirs inamovibles de la République. »

Greg Tabibian (J’suis pas content TV)

Ce qui distinguerait la période actuelle : la nature des postes visés

L’analyse développée par l’invité repose sur une distinction fondamentale. Les nominations de 1986 et 2012 concernaient l’administration active, celle qui exécute les décisions. Les nominations récentes viseraient, elles, les citadelles de contrôle : Conseil constitutionnel, Cour des comptes, Banque de France, Conseil d’État.

La différence n’est pas anecdotique. Un préfet peut être déplacé par le nouveau pouvoir. Un membre du Conseil constitutionnel bénéficie d’un mandat de neuf ans non renouvelable et irrévocable. Amélie de Montchalin, nommée à la tête de la Cour des comptes, pourrait légalement y rester jusqu’en 2053, selon l’invité, qui y voit une stratégie de conservation à long terme.

La question du calendrier renforce ce constat. Les nominations massives de l’été 2024, intervenues entre les deux tours des législatives anticipées, ont été qualifiées par Marine Le Pen de coup d’État administratif. Une expression que l’invité reprend à son compte, tout en rappelant que l’exécutif disposait alors de la plénitude de ses prérogatives constitutionnelles.

La contre-argumentation : une pratique légale mais contestée

Face à ces critiques, les défenseurs du pouvoir en place avancent un argument simple : tout gouvernement sortant dispose du droit de nommer jusqu’au dernier jour de son mandat. Les constitutionnalistes consultés lors des vagues de nominations de 2024 ont confirmé cette lecture. L’État ne peut pas cesser de fonctionner parce qu’une élection approche.

L’invité ne conteste pas la légalité des nominations, mais leur moralité et leurs conséquences démocratiques. Il souligne notamment que le renouvellement annuel classique d’avant l’été ne suffit pas à expliquer la concentration exceptionnelle de mouvements préfectoraux, de nominations d’ambassadeurs et de reconductions stratégiques observée en quelques jours.

La nomination de Richard Ferrand à la présidence du Conseil constitutionnel illustre cette tension. Rejeté par une majorité de parlementaires, il n’a dû son salut qu’au seuil des trois cinquièmes requis pour bloquer une nomination présidentielle, et à l’abstention des députés du Rassemblement national qui ont abaissé artificiellement le total des votants. Pour l’invité, cette séquence révèle un système où la règle arithmétique prime sur la volonté parlementaire.

Ce qu’il faut retenir

La pratique des nominations de fin de règne n’a rien d’inédit, mais sa mutation actuelle mérite attention. Passer de l’occupation de postes d’exécution à la colonisation des organes de contrôle modifie la nature du rapport de force entre une majorité sortante et l’alternance à venir. La question n’est plus seulement de savoir qui gouverne, mais qui pourra contrôler ceux qui gouvernent.

Le Souv, pour une France qui s’appartient.

Vidéo « Scénarios politiques français après 2027 » de J’suis pas content TV

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