Onze bâtiments disposés en demi-cercle autour d’une cour, des colonnes, un péristyle : on croirait un château. C’est une usine. La saline royale d’Arc-et-Senans a produit du sel jusqu’en 1895, et elle a été dessinée comme on dessinait alors les palais.
Derrière ce parti pris, un homme : Claude-Nicolas Ledoux, architecte du roi, qui voulait faire d’un lieu de travail une œuvre d’architecture. L’ensemble est inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Pourquoi une usine en demi-cercle au milieu des forêts
Au XVIIIe siècle, le sel n’est pas un condiment, c’est ce qui conserve la viande et le poisson. Il est taxé par la gabelle, perçue par la ferme générale, et la Franche-Comté en regorge. On extrait la saumure à Salins-les-Bains et on la fait bouillir dans des chaudières chauffées au bois. Le problème n’est pas le sel : c’est le bois.
- Les forêts autour de Salins s’épuisent, et le combustible coûte de plus en plus cher à acheminer.
- La teneur en sel de la saumure diminue avec les années d’exploitation.
- Salins est au fond d’un vallon : impossible d’y élever un bâtiment de graduation, qui a besoin de vent.
- D’où l’idée inverse : ne plus amener le bois à la saumure, mais la saumure au bois, en bâtissant l’usine en lisière de la forêt de Chaux.
- Un saumoduc de vingt et un kilomètres relie Salins-les-Bains à Arc-et-Senans. À partir de 1788, ses conduits de bois sont remplacés par de la fonte.
Ledoux est nommé commissaire aux salines de Lorraine et de Franche-Comté le 20 septembre 1771 par Louis XV. Il dessine un premier projet avant même qu’on le lui demande : un plan carré monumental, une cour ceinturée de galeries portées par cent quarante-quatre colonnes doriques. Le projet est présenté au roi en avril 1774 et refusé, jugé trop luxueux. On lui oppose aussi un argument vieux comme Vitruve : un plan carré propage les incendies et laisse une partie de la cour à l’ombre. Le demi-cercle naîtra de ce refus.
La saline royale d’Arc-et-Senans en images



Que voir à la saline royale
Le site se parcourt comme on visite un château, sauf que chaque bâtiment avait une fonction industrielle. La géométrie d’ensemble ne se comprend qu’en se plaçant au centre de la cour.
- Le bâtiment d’entrée et son péristyle à colonnes, seule ouverture de l’enceinte.
- La maison du directeur, au centre du demi-cercle, qui surveillait tout.
- Les bâtiments des berniers, où l’on faisait évaporer la saumure.
- La cour en demi-cercle, dont le tracé dit tout du projet de Ledoux.
- Les jardins qui entourent l’ensemble.
Le bâtiment de graduation, lui, a disparu : détruit en 1920, il se dressait à huit cents mètres de l’usine. C’était une immense ossature de bois ouverte au vent, longue de 496 mètres et haute de 7 mètres. À cinq mètres de hauteur, un tuyau percé laissait ruisseler l’eau salée sur des fagots d’épines : le vent faisait le reste, et la saumure se concentrait goutte après goutte.
Le saviez-vous ? Le péristyle de la maison du directeur a été dynamité le 29 avril 1926 par la société propriétaire, au motif qu’il menaçait les habitants, et de nombreux arbres séculaires de l’esplanade rasés dans la foulée. Le département du Doubs rachète la saline le 10 juin 1927 et engage sa restauration en 1930.
Quand visiter la saline royale
Le site se visite toute l’année. La belle saison met en valeur les jardins et permet de faire le tour complet du demi-cercle sans se presser.
La saline accueille aujourd’hui expositions et manifestations culturelles : l’usine de Ledoux est devenue un lieu de programmation, ce qui change le visage du site selon les mois.
Comment se rendre à la saline royale d’Arc-et-Senans
Arc-et-Senans se trouve dans le Doubs, en lisière de la forêt de Chaux, à une trentaine de kilomètres au sud-ouest de Besançon. La commune est desservie par le train.
Le long de l’ancien saumoduc, on trouve encore le poste de la Petite Chaumière, le deuxième après Salins-les-Bains : un bon prétexte pour relier les deux salines à pied ou à vélo.
À voir dans les environs
Le Doubs et le Jura ne sont pas avares. Lods étage ses maisons de vignerons au-dessus de la Loue, Baume-les-Messieurs se blottit au fond de sa reculée et Château-Chalon domine son vignoble de vin jaune.
À une demi-heure de route, la citadelle de Besançon montre l’autre grande commande royale de la région : un siècle plus tôt, la même monarchie faisait tailler la pierre pour tenir une frontière plutôt que pour faire bouillir du sel.
Ressources
Deux vidéos pour découvrir le site et le projet de Ledoux.
Questions fréquentes sur la saline royale d’Arc-et-Senans
L’architecte Claude-Nicolas Ledoux, nommé commissaire aux salines de Lorraine et de Franche-Comté le 20 septembre 1771 par Louis XV. La décision de construire la nouvelle saline est prise par un arrêt du Conseil du 29 avril 1773.
Parce qu’il coûtait moins cher de conduire la saumure jusqu’au bois que d’amener le bois jusqu’à la saumure. Les forêts autour de Salins s’épuisaient, et le vallon de Salins interdisait d’y élever un bâtiment de graduation.
Une conduite qui transporte la saumure. Celui de Salins-les-Bains à Arc-et-Senans mesure vingt et un kilomètres. Ses conduits de bois ont été progressivement remplacés par de la fonte à partir de 1788.
Parce que le premier projet, un immense plan carré présenté à Louis XV en avril 1774, a été refusé : trop luxueux, et coupable des défauts que Vitruve reprochait déjà au plan carré, à commencer par la propagation des incendies.
Jusqu’en 1895. Le département du Doubs a racheté le site le 10 juin 1927 et engagé sa restauration en 1930.
Une ossature de bois ouverte, longue de 496 mètres et haute de 7 mètres, où l’eau salée ruisselait sur des fagots d’épines pour s’évaporer au vent et se concentrer. Il se dressait à huit cents mètres de l’usine et a été détruit en 1920.
Oui. L’arrêté classant la saline et son mur d’enceinte au titre des monuments historiques a été publié au Journal officiel le 20 février 1940, et le site est inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO.
Elle a abrité un camp de réfugiés républicains espagnols en 1939, puis une batterie de défense antiaérienne en octobre 1939. En mai 1941, sur ordre de la Feldkommandantur de Besançon, un camp d’internement des nomades de la région y a été installé.
