Le référendum sur l’Union européenne de 2005 reste, vingt ans après, l’un des rares moments où le débat politique français a porté sur le fond. L’invité, qui fit campagne pour le « non » à l’époque, livre une analyse simple : ce format électoral est le seul qui oblige chaque camp à argumenter, sans pouvoir se réfugier dans la politique partisane. Et c’est précisément pour cela qu’il est si redouté.

Pourquoi la France ne recourt-elle plus au référendum pour les questions de souveraineté populaire ?

Le référendum contraint les camps à défendre des positions de fond, interdit les attaques personnelles comme stratégie principale, et place l’électeur en position de responsabilité civique. Les gouvernements successifs l’évitent pour ces raisons exactes : ils préfèrent des élections où la politique politicienne et la personnalisation rendent le débat stratégique inopérant.

Un format qui force au débat de fond

L’invité décrit le référendum comme « les élections les plus intelligentes ». Contrairement aux scrutins classiques, qui opposent des candidats, des partis et des écuries, le référendum ne présente que deux camps. Cette structure binaire impose une discipline argumentative que la compétition classique ne permet pas.

« En réalité quand il y a un référendum, contrairement aux élections avec des candidats, des partis, des écuries, ça vous oblige à aller sur le fond du sujet et vous ne pouvez pas tomber dans la politique partisane ou politicienne. »

Idriss Aberkane

L’exemple cité est celui des plateaux de 2005, où Olivier Besancenot et Marine Le Pen, pourtant aux antipodes politiques, ont eu « l’intelligence de ne pas s’attaquer pendant le débat ». Ils défendaient chacun le « non » avec des arguments distincts, sans jamais glisser vers l’invective. Cette configuration est rarissime dans une présidentielle, où la personnalisation et l’anecdote prennent généralement le dessus.

La peur d’un électeur redevenu adulte

Le vrai risque du référendum, selon l’invité, est qu’il « invite l’électeur à devenir adulte ». Il crée de l’intelligence collective. Le souvenir personnel qu’il convoque est parlant : en 2005, une standardiste intérimaire d’une vingtaine d’années, dont on aurait pu croire qu’elle serait éloignée de ces questions, était plongée dans la lecture du texte d’Étienne Chouard expliquant juridiquement pourquoi voter non.

« Je m’étais dit misons sur l’intelligence des gens. Voilà et c’est pour ça qu’ils ne veulent surtout plus de référendum. »

Idriss Aberkane

Ce potentiel d’élévation du débat public explique la préférence du système pour des campagnes présidentielles que l’invité qualifie de « navrantes et débilissimes ». Il évoque le débat du Medef à Roland-Garros où les candidats en sont venus à discuter de la ligne de la fiche de paie : « ça fait 30 ans que ça traîne et ça n’est pas réglé. Mais ça n’est pas un sujet d’une élection présidentielle. Ça n’est pas un sujet digne d’un chef d’État. »

Une intelligence collective que les Français n’ont pas perdue

Contrairement à ce que la dégradation du débat public pourrait laisser penser, l’invité estime que le peuple français n’a rien perdu de sa culture politique. Il rappelle qu’en février 2005, les sondages donnaient le « oui » à 66 %, trois mois seulement avant la victoire du « non ». Il cite également la formule de Zbigniew Brzezinski, qui voyait dans les Français « un peuple intrinsèquement politique ».

Le problème n’est donc pas le niveau de conscience des citoyens, mais l’absence d’occasions de l’exercer. Si un référendum sur la sortie de l’Union européenne était organisé demain, malgré la propagande médiatique attendue, « ce serait forcément une campagne extrêmement intelligente et les gens redécouvriraient que le peuple français est resté un peuple très politique ».

Ce qu’il faut retenir

Le référendum est redouté parce qu’il court-circuite la personnalisation du débat politique et oblige à traiter des questions de fond. L’expérience de 2005 montre que les électeurs français, lorsqu’on les interroge sur des enjeux stratégiques, répondent avec un niveau de sérieux que les campagnes classiques ne sollicitent jamais. C’est cette intelligence collective que les gouvernements successifs préfèrent tenir à distance, au profit d’un cirque électoral dont la vacuité actuelle n’est plus à démontrer.

Le Souv, pour une France qui s’appartient.

Vidéo « Référendum sur l’adhésion à l’UE dans une île de 400 000 habitants » de Idriss J. Aberkane, Ph.D x3

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