Le Rafale est unanimement reconnu comme l’un des meilleurs avions de combat au monde. Pourtant, sur le continent européen, c’est le F-35 américain qui équipe la quasi-totalité des armées de l’air. La France, qui dispose d’une industrie de défense totalement autonome, se retrouve isolée face à un choix qui n’a rien d’une simple comparaison technique. Ce paradoxe, le général Henri Roure l’a décrypté lors d’un entretien accordé à Omerta le 14 juillet 2026.
Pourquoi le Rafale ne s’est-il pas imposé en Europe malgré ses performances ?
La réponse tient moins aux qualités intrinsèques des deux appareils qu’à une architecture de dépendance savamment verrouillée. Le F-35, aussi performant soit-il, souffre d’une contrainte majeure : il ne peut décoller d’aucune base, en Europe ou ailleurs, sans l’autorisation préalable d’un centre de commandement situé aux États-Unis. Henri Roure le rappelle sans détour :
« Le F-35, c’est un avion performant certes, mais beaucoup moins performant que le Rafale. Et cet avion ne peut décoller de n’importe quel endroit dans le monde sans qu’il y ait l’autorisation donnée par un centre de commandement qui se trouve aux États-Unis. »
Henri Roure (OMERTA)
À cela s’ajoute la réglementation ITAR, qui impose à tout pays utilisant des composants américains dans son matériel militaire de solliciter l’autorisation de Washington pour leur emploi. Même les industriels européens qui tentent de développer leurs propres programmes se heurtent à ce verrou : dès qu’une pièce provient des États-Unis, l’autonomie stratégique redevient une illusion.
Une souveraineté technologique rendue impossible par l’OTAN
Derrière la comparaison technique entre le Rafale et le F-35 se cache une réalité géopolitique plus profonde. L’OTAN, rappelle l’ancien officier général, demeure une organisation sous commandement américain. Le poste de commandant suprême allié pour l’Europe est systématiquement occupé par un général américain. Dans ce cadre, favoriser l’achat de matériel européen reviendrait à affaiblir l’emprise technologique des États-Unis sur leurs alliés, ce que Washington n’a jamais permis.
La tentative de Jacques Chirac de créer un pilier européen au sein de l’Alliance, dirigé par la France en tant que puissance nucléaire, s’est heurtée à la même réalité structurelle. Aujourd’hui encore, lorsqu’un pays européen augmente son budget militaire sous la pression de Washington, c’est le complexe militaro-industriel américain qui en bénéficie mécaniquement. Henri Roure souligne ce mouvement de fond :
« Trump a demandé que les pays européens montent à 5% de leur PIB les dépenses militaires. C’est très bien. Mais cet argent, où va-t-il aller ? C’est le lobby militaro-industriel états-unien qui va en bénéficier. »
Henri Roure (OMERTA)
L’exception française face à la standardisation américaine
La France dispose d’une singularité stratégique sur le continent : sa base industrielle et technologique de défense est entièrement autonome. Aucun composant du Rafale n’est soumis à la réglementation ITAR, aucun centre de commandement étranger ne conditionne son utilisation. Cette indépendance, héritée du général de Gaulle et préservée depuis, constitue un atout que les autres nations européennes ont progressivement abandonné au profit de l’interopérabilité otanienne.
Le réarmement européen annoncé ces derniers mois, avec des budgets en forte hausse, ne modifie pas fondamentalement cette dynamique. Les pays qui s’équipent aujourd’hui le font massivement en matériel américain, renforçant leur dépendance plutôt que leur souveraineté. Le Rafale, lui, reste un choix politique autant que technique : celui d’une nation qui refuse de confier les clés de sa défense à une puissance étrangère.
Ce qu’il faut retenir
Le Rafale n’a pas échoué à convaincre ses alliés européens : c’est l’architecture de l’OTAN et le verrou ITAR qui ont empêché les pays du continent de faire un choix souverain. Pendant que Washington impose ses équipements et son autorisation de décollage, la France demeure la seule nation européenne capable de défendre son ciel sans demander la permission. Une singularité qui en dit long sur ce qu’une véritable autonomie stratégique exige.
Le Souv, pour une France qui s’appartient.
Voir aussi
Vidéo « Analyse du discours du 14 juillet » de OMERTA
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