La crise démocratique française ne se résume pas à une affaire d’abstention ou de défiance. Elle est d’abord une question de mécanismes : les citoyens n’ont aujourd’hui aucun moyen de contraindre leurs représentants à rendre des comptes entre deux élections. Nikola Mirkovic, dans un entretien accordé au Cercle Aristote, propose deux outils pour y remédier : le référendum d’initiative citoyenne et la révocation des élus. Des dispositifs qui, loin d’être des gadgets populistes, sont pour lui la condition d’une souveraineté populaire effective.
Qu’est-ce que le référendum d’initiative citoyenne et la révocation des élus ?
Le référendum d’initiative citoyenne (RIC) permet aux citoyens de proposer et de voter directement une loi, sans passer par le Parlement. La révocation des élus, quant à elle, donne la possibilité de destituer un représentant en cours de mandat s’il ne respecte pas ses engagements. Pour Mirkovic, ces deux mécanismes visent à restaurer un lien rompu entre le peuple et ceux qui prétendent le gouverner. Il les résume ainsi : un élu présente un programme, les citoyens évaluent périodiquement son action, et s’il s’en écarte, il peut être révoqué, que ce soit par un vote automatique ou à la demande des électeurs.
Ces propositions s’inspirent notamment de pratiques en vigueur aux États-Unis, où shérifs et magistrats peuvent être soumis à ce type de procédure. L’idée centrale est simple : le mandat représentatif ne doit pas être un blanc-seing, mais un contrat soumis à évaluation continue.
Contre-pouvoirs : réarmer le peuple face à l’État
Pour Mirkovic, le déficit démocratique français n’est pas une fatalité institutionnelle, c’est la conséquence d’une absence délibérément entretenue de contre-pouvoirs.
« Aujourd’hui, l’État français ne défend plus les intérêts des Français. On a besoin de ces contrepouvoirs, de ces groupements d’hommes indépendamment de l’État qui sont capables de protéger les intérêts du peuple. »
Nikola Mirkovic (Cercle Aristote – Pierre-Yves Rougeyron)
Cette analyse s’appuie sur un constat chiffré : en 2017, La République en Marche a obtenu la majorité absolue à l’Assemblée nationale avec moins de 17 % des électeurs inscrits. Un tel décalage entre la représentation parlementaire et la volonté populaire rend selon lui nécessaire l’instauration de mécanismes correctifs directs.
Le RIC et la révocation ne sont donc pas présentés comme des fins en soi, mais comme des garde-fous structurels. Ils doivent permettre aux citoyens de ne plus être démunis face à ce que Mirkovic, reprenant la terminologie de Georges Bernanos, appelle un système technocratique où des spécialistes confisquent la décision politique en estimant que la population n’a pas à s’en mêler.
Une société civile debout
L’auteur de Déclin et renouveau ne limite pas ces outils à une simple procédure technique. Il les inscrit dans une vision plus large de régénération du corps social, où la participation ne se décrète pas d’en haut mais s’organise à tous les niveaux.
Il insiste sur l’importance des corps intermédiaires et de l’implication citoyenne dans la vie de la cité. Le RIC et la révocation s’intègrent dans cette logique : des dispositifs qui obligent le peuple à s’intéresser à la chose publique parce qu’il a désormais prise sur elle. À l’inverse de la passivité induite par le système actuel, où voter constitue souvent le seul geste démocratique d’un quinquennat.
Cette approche renoue avec une conception exigeante de la liberté. Mirkovic cite Thucydide pour rappeler que « la liberté se confond avec le bonheur et le courage avec la liberté ». Autrement dit, la liberté se défend, elle se conquiert au quotidien, et les institutions doivent fournir les armes de cette conquête.
Ce qu’il faut retenir
Le référendum d’initiative citoyenne et la révocation des élus ne sont pas de simples propositions programmatiques. Pour Nikola Mirkovic, ils constituent les leviers indispensables pour briser un système où les représentants, une fois élus, échappent à tout contrôle effectif. Restaurer la souveraineté populaire ne se fera pas sans mécanismes coercitifs : il ne suffit plus d’élire, il faut pouvoir révoquer.
Voir aussi
*D’après un entretien de Nikola Mirkovic sur Cercle Aristote – Pierre-Yves Rougeyron*
Pour aller plus loin
- Déclin et renouveau. Comment les Français se relèveront ?, Nicolas Mirkovic (Éditions des Syrtes)
- L’Enracinement, Simone Weil
- La France contre les robots, Georges Bernanos
- De la démocratie en Amérique, Alexis de Tocqueville
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