À Londres, un cercle de réflexion se présente régulièrement devant les commissaires européens comme le porte-voix des aspirations des citoyens du continent. Le Financial Times le dépeint comme un acteur « avec un rôle d’influence croissante dans la formation des politiques officielles ». Pourtant, un examen attentif de ses financements raconte une tout autre histoire, celle d’une parole qui s’invente une légitimité démocratique qu’elle ne possède pas.

Qui finance vraiment les think tanks qui font du lobbying à Bruxelles ?

Le Centre for European Reform (CER), basé à Londres, figure parmi les think tanks les plus écoutés des institutions européennes. Sa liste de financeurs, telle que détaillée par l’invité lors d’une conférence, dessine un paysage presque exclusivement anglo-américain. On y trouve Goldman Sachs, JPMorgan, Morgan Stanley, Citigroup, Merrill Lynch côté banques d’affaires. Boeing, Lockheed Martin, United Technologies côté industrie de défense. Le German Marshall Fund of the United States, héritier des fonds Marshall d’après-guerre et historiquement lié à la CIA, figure également parmi les contributeurs. BP, Rolls-Royce, Unilever et la Deutsche Bank complètent ce tableau où Thalès apparaît comme l’unique entreprise française. Le constat est net : des intérêts privés majoritairement étrangers financent une structure qui prétend exprimer la volonté des peuples d’Europe.

Une autosaisine sans mandat démocratique

L’invité pointe un mécanisme troublant. Ces organismes « s’autosaisissent et viennent dire ce dont il s’agit ». Ils se présentent devant les instances européennes en affirmant connaître les attentes des populations. La question est immédiate : qui les a mandatés ? La réponse est simple : personne. Ils se sont auto-mandatés.

« Ils disent voilà ce que veulent les peuples d’Europe. Ah bon ? Et qui les a mandatés ? Eux-mêmes. Ils se sont automandatés. »

Union Populaire Républicaine

Le procédé est bien rodé. Le CER exige l’élargissement de l’Union à trente membres, réclame une politique européenne de sécurité et de défense. Les commissaires européens reçoivent ces recommandations et peuvent ensuite affirmer s’appuyer sur l’avis de la société civile organisée. Un circuit fermé où la parole privée se pare des atours de l’expression populaire.

Le paradoxe d’un peuple européen qui n’existe pas

L’argument central soulevé par l’invité est celui de l’inexistence du peuple européen comme réalité politique. Il n’y a pas de démos européen, pas de corps civique unifié à l’échelle du continent. Dès lors, des entités non élues peuvent inventer ce peuple, lui prêter des volontés, des aspirations, des exigences.

« C’est du délire : comme le peuple européen n’existe pas, on l’invente. »

Union Populaire Républicaine

Si l’on retire par hypothèse les financeurs américains de la liste du CER, il reste deux noms emblématiques : Goldman Sachs et JPMorgan. Deux banques d’affaires dont l’influence sur les institutions européennes est documentée de longue date. L’invité rappelle que Mario Draghi, ancien vice-président de Goldman Sachs Europe, a présidé la Banque centrale européenne. Mario Monti, nommé président du conseil italien sans élection, était consultant pour la même banque. Ces trajectoires croisées dessinent une porosité entre intérêts privés et décisions publiques qui interroge.

La question démocratique

Le problème n’est pas l’existence de think tanks, mais le statut qu’on leur accorde. Quand une structure financée par des géants américains de la finance et de l’armement est reçue comme représentante des citoyens européens, le processus de décision se coupe de toute légitimité démocratique. Les peuples n’ont pas délégué leur parole à ces cercles. Ils n’ont même pas été consultés.

L’invité élargit l’analyse au constat que l’essentiel des politiques publiques échappe désormais aux parlements nationaux. Commerce, concurrence, politique monétaire, monnaie, règles du marché intérieur : tout cela relève des compétences exclusives de l’Union, là où les élus nationaux n’ont plus leur mot à dire. Dans ce cadre, des acteurs privés bien introduits occupent l’espace laissé vacant par la démocratie représentative.

Ce qu’il faut retenir

L’exemple du Centre for European Reform illustre une dérive plus large : la substitution d’intérêts privés auto-légitimés à l’expression démocratique. Quand les financements proviennent de firmes étrangères et que le mandat est inexistant, la parole qui se dit européenne n’est que le reflet de ceux qui la paient. La souveraineté commence par la capacité à identifier qui parle, au nom de qui, et avec quel argent.

Le Souv, pour une France qui s’appartient.


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