À chaque élection présidentielle, le même refrain revient : « votez utile ». Mais utile pour qui, et pour quoi ? Alors que la perspective de 2027 se dessine, l’invité décortique lors d’un entretien accordé à Idriss J. Aberkane ce qu’il considère comme une mécanique électorale structurelle, pensée pour verrouiller le second tour au profit du bloc central. Une analyse qui invite à réexaminer ce que les chiffres de 2022 ont réellement montré.

Pourquoi le vote utile structure-t-il les résultats de la présidentielle ?

L’invité identifie plusieurs ressorts qui expliquent le poids du vote utile dans le système électoral français :

  • Un réflexe électoral puissant : il qualifie ce vote de « tactique », jamais réellement « utile », porté par un électorat du bloc central encore démographiquement conséquent.
  • Un entre-deux-tours décisif : les deux semaines qui séparent les deux tours suffisent à retourner une dynamique électorale, comme l’a montré 2022.
  • Une dramatisation systématique : la qualification de l’adversaire comme repoussoir mobilise l’électorat modéré contre le candidat jugé dangereux, sans débat de fond sur les programmes.
  • Un enjeu de clientélisme : derrière la question du second tour se joue la répartition des postes et des réseaux d’influence après les législatives.

Le précédent de 2022, un écart de huit points à méditer

L’invité s’appuie sur un chiffre précis, qu’il juge révélateur de la mécanique du vote utile. Le soir du premier tour de la présidentielle 2022, un sondage donnait Marine Le Pen à 49 % face à Emmanuel Macron pour le second tour. Elle terminera à 41,5 %. Ce constat, selon lui, s’explique par ce qui se joue pendant l’entre-deux-tours : « Je rappelle que le soir en 2022, le soir du premier tour, ils font un sondage. Elle est donnée à 49 face à Macron. Elle va finir à 41 et demi. Ne l’oublions pas parce qu’il y a deux semaines d’entre-deux-tours à la présidentielle et que ces deux semaines, en plus, comme elle n’est pas hyper forte en débat entre deux tours, généralement ça se passe pas très bien pour elle. »

Ce précédent nourrit son scepticisme sur les projections actuelles. En 2007, rappelle-t-il, le Front national pensait capitaliser sur les 17 % de 2002 pour franchir un cap en 2007 ; Jean-Marie Le Pen a connu sa pire élection. La leçon qu’il en tire : « Il ne faut pas croire que toute élection se ressemble et qu’on peut décalquer à chaque fois les dynamiques électorales, elles ne sont pas les mêmes. » Les cuves de sondage ne sont pas des prédictions, mais des photographies à un instant donné, avant que la campagne d’entre-deux-tours ne produise ses effets.

Un second tour devenu un filtre plus qu’un choix

Derrière la mécanique du vote utile, l’invité identifie un enjeu moins visible : la peur de ce qu’une alternance réelle ferait peser sur les réseaux installés. Ce qui effraie, selon son analyse, ce n’est pas tant l’arrivée au pouvoir d’un Mélenchon ou d’une Le Pen que la perte de contrôle sur la distribution des postes et des dépendances. Il le formule ainsi : « Ce qui leur fait peur dans Mélenchon Le Pen, ce n’est pas du tout l’alternative de gestion, c’est de se retrouver avec moins de postes aux législatives et à partir des législatives, donc dans tout ce que ça peut te permettre pour nommer les copains. »

Sans employer le langage du complot, il décrit un système de solidarité objective entre un personnel politique et ses soutiens, qui se reproduit élection après élection. La question du vote utile devient dès lors un instrument : il ne s’agit pas tant de choisir un projet que d’éviter un bouleversement dans la répartition du pouvoir réel.

Et 2027, dans tout cela ?

L’invité se montre prudent sur les scénarios à venir. Il envisage difficilement un second tour Mélenchon, sauf par surprise, sur le modèle de 2002. Le bloc central conserverait, pour cette élection encore, un poids démographique déterminant, mais « pour la dernière fois », car ce bloc, soutient-il, aura mécaniquement disparu la fois suivante. S’il juge possible que Marine Le Pen atteigne le second tour, il rappelle que la candidate a déjà montré des faiblesses structurelles en débat d’entre-deux-tours. Et surtout, il s’interroge sur la réalité de l’alternance qu’elle incarnerait : « Vu ce qu’elle a proposé aujourd’hui aux Français, qu’est-ce qui va changer même si elle arrive au pouvoir ? Rien. »

Ce qu’il faut retenir

Le vote utile fonctionne moins comme un choix de conviction que comme une mécanique de filtrage du résultat, dont les effets se mesurent précisément dans l’écart constaté entre les sondages du soir du premier tour 2022 et le résultat final. Comprendre cette mécanique, c’est se donner les moyens de voter en connaissance de cause, sans confondre un réflexe tactique avec un projet politique. La question n’est pas seulement de savoir qui gagnera, mais ce que cette victoire, quelle qu’elle soit, permettra réellement de transformer.

Vidéo « Référendum sur l’adhésion à l’UE dans une île de 400 000 habitants » de Idriss J. Aberkane, Ph.D x3

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