Le 18 juin 1940, la France vit l’une des heures les plus sombres de son histoire. Le gouvernement vient de quitter Paris, déclarée ville ouverte, pour se replier à Bordeaux, et la capitulation semble inéluctable. Pourtant, ce jour-là, sur les ondes de la BBC, un général inconnu du grand public lance un appel qui va changer le destin national. Quatre-vingt-six ans plus tard, que retenir vraiment de ce moment fondateur au-delà du récit scolaire ?
Pourquoi l’appel du 18 juin dépasse-t-il le simple sursaut patriotique ?
Pour Paul-Marie Coûteaux, l’appel du 18 juin repose sur une double dimension, stratégique et spirituelle, que la mémoire collective a souvent tendance à simplifier. L’invité distingue trois piliers dans ce discours :
- Un calcul géopolitique précis : de Gaulle s’appuie sur l’analyse des forces qui n’ont pas encore donné dans le conflit, au premier rang desquelles les États-Unis et la Russie soviétique.
- Une intuition historique : il sait que les Slaves et les Germains, malgré le pacte germano-soviétique d’août 1939, ne s’entendront jamais durablement.
- Une invocation spirituelle : la France n’est pas seule parce qu’il existe « dans le monde invisible des ressources que nous ne connaissons pas mais sur lesquelles on peut compter », une dimension que Coûteaux qualifie de « platonicienne » et qui irrigue tout le discours.
« La France n’est pas seule. Elle n’est pas seule. Il y a une incantation en trois temps qui a une dimension assez spirituelle. »
Paul-Marie Coûteaux (UPR)
Un pari fondé sur les forces qui n’ont pas encore donné
L’analyse de la situation militaire en juin 1940 est catastrophique : l’armée française est en déroute, le pays est en partie détruit, et l’idée même que la nation puisse disparaître traverse les esprits. Coûteaux rappelle que de Gaulle lui-même répétait que « la France n’est pas une évidence de nature comme peut l’être une île telle la Grande-Bretagne ».
Pourtant, le général refuse de s’arrêter à la réalité immédiate. Il raisonne en termes de rapports de force à venir : les États-Unis et l’Union soviétique, quoique encore absents du champ de bataille, modifieront nécessairement l’équilibre des puissances. Ce calcul s’avérera juste : l’opération Barbarossa en juin 1941, puis Pearl Harbor en décembre de la même année, feront entrer successivement l’URSS et les États-Unis dans la guerre.
« Derrière ce calcul des forces qui n’ont pas encore donné, il y a une invocation d’ordre spirituel », souligne Coûteaux, qui cite le cardinal Tisserant commentant l’appel depuis Rome. La France n’est pas une cause perdue parce que le général convoque autre chose que les seules considérations militaires du moment.
L’ambivalence du 18 juin et la postérité de l’appel
Coûteaux rappelle que la date du 18 juin est aussi celle d’une autre défaite historique : Waterloo, en 1815. Cette ambivalence n’a pas échappé au général, qui nourrissait une méfiance profonde envers les Napoléon. Il leur reprochait d’avoir « rendu la France plus petite qu’ils ne l’ont trouvée ».
Mais au-delà du symbole, ce qui fait la force de l’appel, c’est la constance de celui qui l’a prononcé. Le miracle n’est pas le 18 juin lui-même : il aurait pu « passer la trappe » de l’histoire. Le miracle, c’est que de Gaulle soit « constamment resté à la hauteur du 18 juin » tout au long du conflit, tenant tête à Churchill comme à Roosevelt, refusant d’être la marionnette que les Anglo-Saxons espéraient manipuler.
Cette lecture, Coûteaux l’oppose à ce qu’il appelle « la fantasmagorie enseignée dans les écoles françaises », où l’on présente les Alliés comme des libérateurs désintéressés. Il rappelle que Roosevelt ne souhaitait pas la libération de Paris, préférant contourner la capitale pour foncer vers Berlin, et que ses plans de découpage de la France étaient « plus sévères encore que ceux d’Hitler ». Derrière la réalité écrasante de juin 1940, il y avait une vérité que seul de Gaulle a su voir et incarner.
Ce qu’il faut retenir
L’appel du 18 juin n’est pas un cri de désespoir mais un acte de foi doublé d’un calcul stratégique. De Gaulle y affirme que la France n’est pas seule parce qu’il anticipe l’entrée en guerre des États-Unis et de l’URSS, et parce qu’il mobilise une dimension spirituelle qui dépasse le rapport de forces immédiat. Cette alliance du réalisme géopolitique et de l’intuition quasi mystique fait de ce discours bien plus qu’un sursaut patriotique : l’acte fondateur d’une résistance qui refuse de céder aux apparences de la défaite.
Le Souv, pour une France qui s’appartient.
Vidéo « Débat sur les solutions pour l’avenir du monde » de UPR
Pour aller plus loin
- Mémoires de guerre, Charles de Gaulle (Plon)
- De Gaulle, une vie. Vol. 1. L’homme de personne : 1890-1944, Jean-Luc Barré
- Vers la guerre : L’Amérique et la Chine dans le piège de Thucydide ?, Graham T. Allison (Houghton Mifflin Harcourt)
Cet article vous a-t-il été utile ?
Qu’est-ce qui n’allait pas ? (facultatif)
Merci, c’est noté.
