François Perroux a fait de l’économie politique un champ traversé par les rapports de pouvoir, et non un système d’équilibre idéalisé. C’est ce déplacement théorique qui le rend précieux à quiconque pense la souveraineté économique. Il est à la fois moins connu et plus profond que les vulgates libérales et marxistes qui ont dominé son siècle.

Né à Lyon en 1903, docteur en droit à 25 ans, il enseigne à Lyon puis à Paris avant de monter au Collège de France en 1955, sur une chaire d’Analyse des faits économiques et sociaux qu’il occupera jusqu’en 1974. Il fonde en 1944 l’Institut de science économique appliquée (ISEA, devenu ISMEA), revue et pôle de recherche qui restera le creuset d’une école française d’économie distincte des standards anglo-saxons. Il meurt en 1987.

Sa contribution théorique passe par quelques concepts dont la presse économique a fini par s’emparer sans toujours en créditer l’origine. Le « pôle de croissance » décrit la concentration géographique et sectorielle qui précède la diffusion du développement. « L’économie dominée » théorise les rapports asymétriques entre économies nationales où la liberté de l’une mange la souveraineté de l’autre. « L’effet de domination » se mesure aux flux de décisions, pas seulement aux flux de marchandises. Sa définition du développement comme « combinaison des changements sociaux et mentaux d’une population » refuse également d’enfermer la prospérité dans la seule croissance du PIB.

Pour Le Souv, Perroux fournit la boîte à outils pour analyser ce que le langage conventionnel des traités européens et des accords de l’OMC préfère ne pas nommer : qu’une nation peut être formellement libre tout en étant substantiellement vassalisée par les structures de production et d’investissement qu’elle subit. Référence indirecte de tous les souverainistes économiques contemporains, même quand ils ne le savent pas.

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