Gaston Monnerville a présidé le Sénat pendant vingt et un ans, de 1947 à 1968. Il reste dans l’histoire pour son opposition frontale à la révision constitutionnelle de 1962, quand de Gaulle choisit de faire adopter l’élection du président au suffrage universel direct par référendum, en contournant la procédure de révision prévue par la Constitution.
Né à Cayenne en 1897, petit-fils d’esclave affranchi, il fait son droit à Toulouse et devient avocat au barreau de Paris. Élu député de la Guyane en 1932, il refuse les pleins pouvoirs à Pétain en juillet 1940 et rejoint la Résistance dans le maquis du Lot.
Le 9 octobre 1962, il dénonce devant le Sénat une violation de la Constitution. Le mot qu’il emploie, forfaiture, provoque une rupture durable avec l’Élysée. Il reste à son poste jusqu’en 1968, puis siège au Conseil constitutionnel de 1974 à 1983.
Le Souv ne publie pas ce désaccord comme un règlement de comptes. Il retient la question de fond, qui n’a rien perdu de son actualité : la souveraineté du peuple s’exerce dans des formes, et le contournement des formes se retourne tôt ou tard contre le peuple lui-même.
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