Trois présidents américains ont publiquement dicté la marche à suivre pour l’Europe : Eisenhower réclamait une constitution européenne en 1951, Clinton exigeait l’entrée de la Turquie dans l’UE en 1999, Bush ordonnait l’élargissement à tous les pays de la Baltique à la mer Noire en 2001. À chaque fois, les États membres sont restés silencieux. Ces séquences, documentées et vérifiables, interrogent frontalement la souveraineté réelle des institutions européennes.

Quelle est l’ampleur des interventions publiques américaines dans la construction européenne ?

Les ingérences documentées se déclinent en trois moments clés :

  • 1951 : Le général Eisenhower, alors commandant suprême des forces de l’OTAN en Europe, déclare dans Paris Match que « rien ne pourrait nous être plus agréable » que la rédaction d’un « acte constitutionnel de l’Europe » et la création d’une fédération européenne.
  • 1999 : Bill Clinton, en conférence de presse à Ankara, affirme son « soutien ferme » à l’adhésion turque et promet d’en être « l’avocat ».
  • 2001 : George W. Bush, à l’université de Varsovie, déclare que tous les pays « de la Baltique à la mer Noire » doivent rejoindre l’OTAN et l’UE, précisant qu’il n’existe « aucun conflit entre l’appartenance à l’OTAN et l’appartenance à l’Union européenne ».

Dans chaque cas, les chefs d’État et de gouvernement européens se sont abstenus de toute protestation.

Eisenhower et l’idée d’une constitution européenne

Le 27 octobre 1951, le général Dwight Eisenhower accorde un entretien au magazine Paris Match. Commandant suprême des forces de l’OTAN en Europe, il sera élu président des États-Unis l’année suivante. Interrogé sur la Fédération européenne, sa réponse est sans ambiguïté :

Rien ne pourrait nous être plus agréable que d’apprendre que les États d’Europe occidentale ont décidé de réunir dans une ville d’Europe, disons à Luxembourg, des délégués responsables avec le mandat de rédiger l’acte constitutionnel de l’Europe.

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L’invité de l’entretien souligne le caractère inédit de cette déclaration : un haut responsable militaire et futur président américain dicte publiquement l’agenda institutionnel d’un continent étranger. Aucun dirigeant européen ne relève l’incongruité.

Cette séquence s’inscrit, selon l’invité, dans une logique ancienne. Il rappelle que la déclaration Schuman du 9 mai 1950, considérée comme l’acte fondateur de la construction européenne, reproduit presque mot pour mot la déclaration du sénateur américain Sherman en 1888. Ce dernier proposait d’intégrer le Canada aux États-Unis par le libre-échange plutôt que par la force. La comparaison des deux textes, menée par l’invité, révèle une parenté troublante :

L’Europe ne se fera pas d’un coup ni dans une construction d’ensemble. Elle se fera par des réalisations concrètes créant d’abord une solidarité de fait.

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Cette méthode, explique-t-il, n’a rien d’une invention européenne : elle reproduit la stratégie américaine d’expansion par accords commerciaux, déployée depuis le XIXe siècle face au Mexique, à l’Espagne, au Danemark ou à la Russie.

Clinton, Bush et l’élargissement sans débat

L’intervention de Bill Clinton en 1999 est tout aussi directe. En visite à Ankara, le président américain déclare :

Je suis ferme dans mon soutien à la candidature de la Turquie. Je crois très fermement que l’une des quatre ou cinq questions pour cette partie du monde est de savoir si la Turquie deviendra un partenaire de plein droit de l’Union européenne.

Union Populaire Républicaine

L’invité relève l’anomalie : un président étranger fixe les priorités de l’Union européenne et promet publiquement d’en faire la promotion. Aucun État membre ne proteste.

Deux ans plus tard, George W. Bush élargit le périmètre. Dans un discours à l’université de Varsovie le 15 juin 2001, il affirme que « toutes les nouvelles démocraties de l’Europe, de la Baltique à la mer Noire » doivent intégrer les institutions européennes et atlantiques. Il précise que les nations concernées « devraient comprendre qu’il n’y a aucun conflit entre l’appartenance à l’OTAN et l’appartenance à l’Union européenne ».

L’invité pose la question : de quelle autorité un président américain peut-il dicter ainsi la composition et les alliances d’une union d’États dont son pays n’est pas membre ? L’élargissement de 2005 à dix nouveaux États membres, rappelle-t-il, s’est fait sans que les peuples concernés, notamment le peuple français, soient consultés.

Ce qu’il faut retenir

Les prises de parole d’Eisenhower, Clinton et Bush ne relèvent pas de la maladresse diplomatique : elles dessinent une ligne constante d’intervention américaine dans la construction européenne, assumée publiquement et jamais contestée par les dirigeants des États membres. Ces déclarations, accessibles dans les archives de presse, méritent d’être remises en perspective au moment où la question de la souveraineté nationale reste au cœur du débat public.

Le Souv, pour une France qui s’appartient.


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