En 1536, le roi très chrétien François Ier conclut une alliance avec Soliman le Magnifique, sultan de l’Empire ottoman. Le scandale est immense dans toute la chrétienté. Pourtant, ce rapprochement n’avait rien d’un caprice : c’était un acte de survie géopolitique face à l’encerclement par Charles Quint. Cinq siècles plus tard, le général de Gaulle s’en souviendra.
Pourquoi François Ier s’est-il allié à l’Empire ottoman en 1536 ?
François Ier a cherché l’alliance ottomane pour briser l’encerclement que Charles Quint imposait à la France. Élu empereur du Saint-Empire romain germanique en 1519, Charles de Habsbourg contrôlait l’Espagne, les Pays-Bas, le sud de l’Italie et les possessions habsbourgeoises d’Europe centrale. La France était prise en tenaille. Après l’échec du rapprochement avec Henri VIII d’Angleterre au camp du Drap d’or, François Ier n’avait plus qu’un allié possible pour desserrer l’étau : le « grand Turc » de Constantinople.
Une France encerclée, un roi aux abois
L’invité rappelle la situation catastrophique dans laquelle se trouvait le royaume :
« Charles Quint, il a tout ça sans compter qu’au même moment, il y a Cortés qui est en train de conquérir le Mexique et puis quelques années après, il y aura Pizarre qui conquérera le Pérou. Ça sera l’empire sur lequel le soleil ne se couche jamais. Donc la France pendant ce temps-là, elle est complètement encerclée. »
Union Populaire Républicaine
L’élection de Charles Quint à la tête du Saint-Empire, la même année que Luther publie ses 95 thèses à Wittenberg, crée une configuration redoutable. François Ier, roi de France, se retrouve pris à la gorge. Il tente d’abord une alliance avec Henri VIII lors de l’entrevue du camp du Drap d’or, près de Calais. L’échec est cuisant : le roi d’Angleterre choisit de s’allier avec Charles Quint. En 1522, la France risque tout simplement de disparaître.
L’alliance avec le « diable » : protestants allemands et Turc ottoman
Pour sauver le royaume, François Ier va employer deux leviers que la morale de son temps réprouve. D’abord, il soutient les princes protestants allemands en rébellion contre leur empereur, alors même qu’il réprime le protestantisme en France. Ensuite, il noue une alliance avec Soliman le Magnifique, l’arrière-arrière-petit-fils de Mehmed II, le conquérant de Constantinople.
Le scandale est retentissant. Comme le souligne l’invité, à l’époque, « quand on disait le très chrétien, ça veut dire le roi de France ». Voir le « très chrétien » s’allier au sultan musulman, c’est un séisme dans toute la chrétienté.
Pourtant, cette double alliance répond à une logique implacable : briser l’encerclement. L’invité résume la philosophie de cette décision :
« Et ben leur roi de France, il va tout faire pour sauver la sacouronne et pour sauver la France. Ça veut dire faire quoi ? Mais ça veut dire faire alliance avec le diable s’il le faut et tout faire pour empêcher la stratégie du boa constrictor. »
Union Populaire Républicaine
La leçon retenue par de Gaulle en 1963-1966
Quatre siècles plus tard, le général de Gaulle se retrouve dans une situation comparable. Après le vote par le Bundestag allemand d’un préambule interprétatif qui vide le traité de l’Élysée de sa substance, la France est à nouveau encerclée, cette fois par des États européens alignés sur Washington.
La réponse gaullienne s’inspire directement du précédent de François Ier. En 1964, de Gaulle reconnaît la Chine communiste de Mao Zedong, bravant l’interdit américain qui pesait depuis 1949 sur tout pays occidental. En 1966, il se rend en Union soviétique et invente la politique de détente. L’invité précise : « De Gaulle n’était pas devenu ni communiste ni maoïste. Évidemment, pas plus que François Ier n’était devenu musulman en faisant une alliance avec Soliman le Magnifique. Il s’agit de haute géopolitique. »
Ce qu’il faut retenir
L’alliance franco-ottomane de 1536 est un cas d’école de la doctrine de raison d’État : une nation menacée dans son existence peut être contrainte à des choix que la morale commune réprouve. De François Ier à Charles de Gaulle, la France a parfois dû s’allier au « diable » pour desserrer l’étau de puissances impériales qui menaçaient son indépendance. Cette permanence stratégique traverse les siècles et les régimes.
Le Souv, pour une France qui s’appartient.
Pour aller plus loin
- Le dernier Mitterrand, Georges-Marc Benamou (Plon)
- C’était de Gaulle, Alain Peyrefitte (Fayard)
- Le Grand Échiquier, Zbigniew Brzeziński (Hachette Littératures)
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