Août 1944. Les chars de la 2e DB attendent aux portes de Paris. Mais l’ennemi le plus immédiat pour la capitale n’est pas celui qu’on croit : ce sont les explosifs placés dans une douzaine de monuments, prêts à être déclenchés sur ordre d’un Hitler furieux. Si Paris existe encore aujourd’hui, elle le doit à une conjonction improbable de désobéissances, d’interventions étrangères et d’un coup de force franco-français contre l’avis même du commandement allié.
Pourquoi Hitler voulait-il détruire Paris en 1944 et pourquoi l’ordre n’a-t-il pas été exécuté ?
- Hitler multiplie les ordres directs au général Von Choltitz, gouverneur militaire du Grand Paris : faire sauter la capitale
- Une douzaine de monuments majeurs sont minés, dont la Tour Eiffel, Notre-Dame et le Sacré-Cœur
- Von Choltitz temporise, hésite, invoque des raisons militaires mais aussi une forme de conscience personnelle
- Le consul général de Suède à Paris s’entremet pour le convaincre de ne pas appuyer sur les détonateurs
- Les Américains veulent contourner Paris pour foncer vers la Ruhr : sans l’initiative conjuguée de De Gaulle et de Leclerc passant outre, Paris sautait
Un Hitler obsédé par la destruction de la capitale française
L’invité Paul-Marie Coûteaux rappelle une réalité souvent occultée : Hitler a fait de la destruction de Paris une obsession personnelle durant l’été 1944.
« Hitler lui téléphonait tous les jours pour lui dire faites sauter, faites sauter, faites sauter. »
Paul-Marie Coûteaux (UPR)
Les explosifs sont en place. Les détonateurs sont prêts. La ville peut disparaître en quelques instants. Mais le général Dietrich von Choltitz, commandant du Grand Paris, ne presse pas le bouton. Pourquoi ? L’histoire retient plusieurs explications, parfois contradictoires. L’intéressé évoquera plus tard la conscience de l’inutilité militaire d’une telle destruction et sa perception que la bataille était perdue d’avance.
L’élément méconnu, souligné dans cet entretien, tient au rôle d’un intermédiaire inattendu : le consul général de Suède, Raoul Nordling, qui parvient à dialoguer avec l’officier allemand, à gagner du temps, à trouver des accommodements. Cette diplomatie discrète a vraisemblablement sauvé Paris.
Le calcul américain : contourner Paris et la laisser sauter
L’autre menace sur la capitale ne venait pas des Allemands : elle venait du commandement allié. Eisenhower et Bradley, rappelle Paul-Marie Coûteaux, ne voulaient pas perdre de temps avec Paris.
Leur plan consistait à contourner la ville par le nord pour foncer vers la Belgique et la Ruhr, espérant arriver à Berlin avant les Soviétiques. Libérer Paris était un détour inutile à leurs yeux. Mais pendant ce temps, Paris risquait de sauter.
La décision de se porter sur la capitale fut donc une initiative française, menée par le général Leclerc et ordonnée par le général de Gaulle, qui désobéirent de fait aux consignes alliées. Paul-Marie Coûteaux évoque aussi le rôle de la résistance intérieure, qui bouillonnait dans Paris et précipitait l’insurrection.
« Heureusement que de Gaulle et Leclerc, d’ailleurs désobéissant, se lancent à la conquête de Paris et précipitent les choses avant que Paris ne saute. »
Paul-Marie Coûteaux (UPR)
De Gaulle, Varsovie et le refus d’un scénario catastrophe
De Gaulle avait tiré les leçons d’un autre drame européen, explique Paul-Marie Coûteaux. À Varsovie, l’Armée rouge avait attendu que les Allemands écrasent l’insurrection polonaise avant d’entrer dans la ville, laissant la capitale polonaise être détruite.
Le chef de la France libre ne voulait pas d’un tel scénario pour Paris. C’est pourquoi il força la main aux Alliés, précipita l’entrée de la 2e DB dans la capitale et imposa la libération comme un fait accompli.
L’épisode révèle aussi, selon l’invité, l’hostilité foncière de Roosevelt à l’égard de la France. Le président américain se souciait, selon la formule que Paul-Marie Coûteaux attribue à de Gaulle, « de libérer la France autant que Staline se souciait de libérer la Pologne », c’est-à-dire pour la contrôler. Les plans américains prévoyaient d’ailleurs un découpage du territoire et une administration militaire directe.
Ce qu’il faut retenir
Paris a été sauvé par une chaîne de volontés qui auraient pu, chacune, céder à un autre moment. Si Von Choltitz avait obéi à Hitler, si Nordling n’était pas intervenu, si les Américains avaient imposé leur plan de contournement, la capitale française ne serait plus. Le mérite de cette libération revient d’abord à ceux qui l’ont précipitée contre l’avis de tous, et cette histoire mérite d’être racontée telle qu’elle fut, loin des simplifications d’après-guerre.
Le Souv, pour une France qui s’appartient.
Vidéo « Débat sur les solutions pour l’avenir du monde » de UPR
Pour aller plus loin
- Mémoires de guerre, Charles de Gaulle (Plon)
- De Gaulle, une vie. Vol. 1. L’homme de personne : 1890-1944, Jean-Luc Barré
- Vers la guerre : L’Amérique et la Chine dans le piège de Thucydide ?, Graham T. Allison (Houghton Mifflin Harcourt)
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