Trois étages d’arches, quarante-huit mètres et soixante-dix-sept centimètres au-dessus du Gardon en basses eaux, et deux mille ans au compteur. Le pont du Gard est le plus haut pont-aqueduc connu du monde romain.
Ce n’est pourtant qu’un morceau d’un ouvrage bien plus long : cinquante kilomètres de conduite pour amener l’eau de la fontaine d’Eure, au pied d’Uzès, jusqu’à Nîmes. Il est classé monument historique dès la liste de 1840 et inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO en décembre 1985.

Pourquoi le pont du Gard est un chef-d’œuvre d’ingénierie
Le tour de force n’est pas la hauteur du pont, c’est la pente de l’aqueduc. Entre le point de captage et l’arrivée à Nîmes, sur plus de cinquante kilomètres, le dénivelé total n’est que de 12,6 mètres, soit une pente moyenne de 24,8 centimètres par kilomètre. À ce rythme, la moindre erreur de nivellement arrêtait l’eau.
- Étage inférieur : 6 arches, 142,35 mètres de longueur, 21,87 mètres de hauteur.
- Étage moyen : 11 arches, 242,55 mètres de longueur, 19,50 mètres de hauteur.
- Étage supérieur : 35 arches, 275 mètres aujourd’hui, 360 à l’origine ; il a perdu douze arches.
- Un débit moyen estimé à 40 000 mètres cubes par jour, soit environ 460 litres par seconde.
- Une pierre extraite de la carrière antique de l’Estel, toute proche.
L’eau mettait une journée entière pour parvenir, par la seule gravité, de la source jusqu’au castellum divisorium de Nîmes, ce bassin de répartition encore visible rue de la Lampèze. Et Nîmes ne manquait pas d’eau : la ville avait ses puits et une source proche. L’aqueduc n’était donc pas une nécessité vitale, mais un ouvrage de prestige, destiné aux thermes, aux bains, aux jardins et aux fontaines. Le pont devait en outre résister aux crues du Gardon, qui ne sont pas une plaisanterie.
Le pont du Gard en images



Que voir à le pont du Gard
On peut passer sous les arches, marcher au bord de l’eau, et prendre du recul depuis les deux rives. C’est en s’éloignant que l’on mesure vraiment l’échelle de l’ouvrage.
- Les trois étages d’arches et leur appareillage de pierre sèche, monté sans mortier.
- Les échancrures pratiquées au Moyen Âge dans les piles du second étage, pour faire passer les charrettes.
- Le pont routier accolé à l’ouvrage entre 1743 et 1747.
- Les gravures laissées par les compagnons et les visiteurs au fil des siècles.
- Les vestiges de l’aqueduc dans la garrigue alentour, et le castellum divisorium à Nîmes, point d’arrivée de l’eau.
Le pont a servi de carrière. Dès le IVe siècle l’entretien fait défaut, les dépôts calcaires bouchent les deux tiers de la conduite, et l’ouvrage cesse de fonctionner au début du VIe siècle. Les riverains récupèrent alors les moellons pour bâtir murs, églises et maisons, et les concrétions arrachées au canal pour couvrir des sarcophages.
Le saviez-vous ? Si le pont du Gard nous est parvenu, c’est en partie parce qu’on l’a transformé en pont routier. Au Moyen Âge, plutôt que de le démolir, on a échancré les piles du deuxième étage pour laisser passer les charrettes. L’ouvrage a continué de servir, donc on a continué de l’entretenir.
Quand visiter le pont du Gard
Le site se visite toute l’année. La lumière du petit matin et celle de la fin d’après-midi font ressortir la teinte dorée du calcaire, et la fréquentation y est plus douce qu’en milieu de journée.
L’été, les berges du Gardon se prêtent à la baignade et au canoë, ce qui donne le meilleur point de vue qui soit : depuis l’eau, en levant la tête.
Comment se rendre à le pont du Gard et où se garer
Le pont se trouve sur la commune de Vers-Pont-du-Gard, dans le Gard, à côté de Remoulins, entre Uzès et Nîmes. Des parkings desservent les deux rives.
Comptez une demi-journée si vous voulez marcher sur les deux berges et prendre le temps de suivre un bout du tracé de l’aqueduc dans la garrigue.
À voir dans les environs
Le Gard aligne les plus beaux villages de France à moins d’une heure. Aiguèze domine les gorges de l’Ardèche, La Roque-sur-Cèze étage ses ruelles pavées au-dessus des cascades du Sautadet, et Lussan veille sur la garrigue depuis son éperon.
Plus à l’ouest, Saint-Guilhem-le-Désert garde son abbaye au fond de sa gorge. Et pour rester dans les grands ouvrages, la cathédrale de Chartres montre ce que le même pays a su bâtir douze siècles plus tard.
Ressources
Deux vidéos pour suivre le tracé de l’aqueduc et comprendre l’ouvrage.
Questions fréquentes sur le pont du Gard
Probablement dans la première moitié du Ier siècle. Les monnaies retrouvées dans les réservoirs de Nîmes ne sont pas antérieures au règne de Claude, ce qui situe la construction entre les années 40 et 50.
À faire passer au-dessus du Gardon l’aqueduc qui conduisait l’eau de la fontaine d’Eure, au pied d’Uzès, jusqu’à Nîmes, sur plus de cinquante kilomètres.
48,77 mètres au-dessus du Gard en basses eaux. C’est le plus haut pont-aqueduc connu du monde romain.
Six à l’étage inférieur, onze à l’étage moyen et trente-cinq à l’étage supérieur. Ce dernier a perdu douze arches : il mesurait 360 mètres à l’origine, contre 275 aujourd’hui.
Environ 40 000 mètres cubes par jour, soit quelque 460 litres par seconde. L’eau mettait une journée entière pour parcourir le trajet par gravité.
12,6 mètres de dénivelé total sur plus de cinquante kilomètres, soit une pente moyenne de 24,8 centimètres par kilomètre. C’est la vraie prouesse de l’ouvrage.
Au début du VIe siècle, d’après les dernières recherches. L’entretien faisait défaut depuis le IVe siècle et les dépôts calcaires obstruaient les deux tiers de la conduite.
Oui, depuis décembre 1985. Il figure par ailleurs sur la toute première liste française de monuments historiques, celle de 1840.
