La capitulation de juin 1940 reste souvent présentée comme la conséquence mécanique d’une défaite militaire. Or, selon le témoignage du grand journaliste Pertinax, présent dans l’entourage du gouvernement Paul Reynaud lors de sa fuite vers Bordeaux, un autre motif, plus social que stratégique, a pesé d’un poids décisif : la crainte d’une insurrection communiste. L’invité, historien et spécialiste de la période, revient sur ce pan méconnu de la chute.
Pourquoi Weygand et Pétain ont-ils plaidé pour l’armistice en 1940 ?
L’invité s’appuie sur le témoignage direct de Pertinax, qui a assisté aux débats décisifs entre Paul Reynaud et le général Weygand, commandant en chef, dans les derniers jours du gouvernement de la IIIe République. Selon ce témoignage :
- La défaite militaire n’est contestée par personne, y compris par ceux qui, comme Reynaud, veulent poursuivre la guerre depuis l’Afrique du Nord.
- L’argument central avancé par Weygand, suivi par le maréchal Pétain, n’est pas la protection du territoire contre les Allemands, mais la conservation d’une force intérieure.
- Cette armée de 100 000 hommes devait servir à réprimer une éventuelle révolte sociale, les élites militaires et politiques étant persuadées que les communistes allaient profiter de l’effondrement pour prendre le pouvoir.
- L’armée de Vichy sera effectivement ce corps de 100 000 hommes, taillé pour le maintien de l’ordre intérieur, non pour la défense du pays.
« Ce que veut Weygand et ce que veulent les gens qui vont se retrouver à Vichy, c’est en fait pouvoir contrôler la population, ce n’est pas se défendre contre les Allemands. »
Éric Branca (OMERTA)
Un aveuglement nourri par la peur sociale
L’invité replace cette peur dans un contexte économique et social précis. Selon lui, Pertinax documente dans son ouvrage Les Faux Soyeurs un patronat français tétanisé par le souvenir du Front populaire. La crainte des nationalisations, largement irrationnelle puisque seules les très grandes entreprises étaient concernées, pousse alors une partie des milieux économiques à consacrer davantage d’énergie à préparer des recours en Conseil d’État qu’à soutenir l’effort de réarmement.
Ce climat social pèse directement sur les décisions de juin 1940. Les partisans de l’armistice ne raisonnent plus en termes de rapport de force avec l’Allemagne, mais en termes de survie d’un ordre intérieur qu’ils imaginent menacé par une révolution. L’invité souligne que cette posture n’est pas propre aux militaires : elle traverse une large partie des élites, qui ont « conscience de ce qui se passe » mais n’en tirent « aucune conclusion ».
La remilitarisation de la Rhénanie, moment de vérité
Pour comprendre l’ampleur de cette faillite, l’invité remonte à 1936 et à la remilitarisation de la Rhénanie. Pertinax, toujours lui, perçoit immédiatement qu’il s’agit d’un tournant : si la France ne réagit pas à ce coup de force, elle ne réagira plus jamais. Or, la France ne réagit pas.
La suite est connue, mais l’invité apporte un éclairage décisif en citant les propos de table d’Hitler, traduits et réédités par l’historien François Delpla. Le Führer y avoue que cette opération fut « la pire nuit de ma vie », menée avec quatre bataillons dont des orchestres militaires, et que « si les Français avaient réagi, ils étaient à Berlin en trois jours ». La défaillance de 1940 ne tient donc pas d’abord à une infériorité matérielle, mais à une incapacité politique et morale à vouloir se battre.
Une bourgeoisie qui a cessé de porter la nation
Cette faillite collective renvoie, selon l’invité, à une question de fond posée par le général de Gaulle lui-même : celle d’une bourgeoisie française qui a porté le pays pendant un siècle et qui, au moment décisif, se révèle tarie. La participation, l’association capital-travail que de Gaulle voulait instaurer après 1958, était précisément une réponse à cette trahison des élites. Elle fut empêchée, sabotée par une conjonction du patronat et d’une partie des syndicats.
L’armistice de 1940 apparaît dès lors comme un révélateur : non pas un simple accident militaire, mais l’aboutissement d’un processus long de décomposition d’une classe dirigeante, plus attachée à ses intérêts immédiats et à son ordre social qu’à l’indépendance nationale. Les faux soyeurs, ces grands commis et ces capitaines d’industrie qui ont préparé le terrain de la capitulation, sont les ancêtres directs de ceux qui, des décennies plus tard, vendront à la découpe l’industrie française au nom de la construction européenne.
Ce qu’il faut retenir
- La peur du communisme, plus que la défaite militaire, a décidé de l’armistice de 1940.
- Cette capitulation sociale éclaire les continuités entre Vichy et les choix ultérieurs des élites françaises.
- Pertinax, journaliste et témoin d’exception, reste une lecture indispensable pour comprendre les mécanismes de la défaite.
Le Souv, pour une France qui s’appartient.
Vidéo « Les relations entre Jean Monnet et Charles de Gaulle » de OMERTA
Pour aller plus loin
- L’Ami américain, Éric Branca (Perrin)
- Vers l’armée de métier, Charles de Gaulle (Berger-Levrault)
- Le choix de la défaite. Les élites françaises dans les années 1930, Annie Lacroix-Riz (Armand Colin)
- Nos maîtres, Guilin Benassa
- Propos intimes et politiques, tome 1 (1941-1942), Adolf Hitler
Cet article vous a-t-il été utile ?
Qu’est-ce qui n’allait pas ? (facultatif)
Merci, c’est noté.
