En avril 2022, alors qu’un accord de paix entre Moscou et Kiev semblait à portée de main, Boris Johnson effectuait un déplacement éclair en Ukraine qui allait enterrer toute perspective de négociation. Présenté longtemps comme une initiative personnelle du Premier ministre britannique, ce sabotage répondait en réalité à une commande venue de Washington. C’est ce que confirme une récente prise de parole de Sergueï Karaganov, l’un des conseillers les plus écoutés du Kremlin, dont les éléments sont repris et analysés par Pierre-Yves Rougeyron.

Pourquoi Boris Johnson est-il allé saboter les négociations de paix en Ukraine en avril 2022 ?

Selon l’analyse développée par Pierre-Yves Rougeyron à partir des révélations de Sergueï Karaganov, Boris Johnson n’a pas agi de son propre chef. Il a exécuté une demande de l’administration Biden, anglophobe et pro-allemande, qui voulait empêcher tout accord russo-ukrainien. Le chancelier allemand de l’époque aurait également joué un rôle dans le maintien de la guerre. Et fait peu connu : Emmanuel Macron s’était porté volontaire pour se charger de la mission si Johnson refusait.

Un récit officiel qui ne tient pas

Pendant longtemps, le récit dominant en Occident a voulu que Boris Johnson, agissant en chevalier seul, ait convaincu Volodymyr Zelensky de rompre les pourparlers avec Moscou. Cette présentation arrangeait tout le monde : elle nourrissait à la fois l’image d’une Grande-Bretagne va-t-en-guerre et celle d’un Premier ministre tory imprévisible.

Pierre-Yves Rougeyron démonte cette version. Selon lui, l’Ukraine n’a jamais figuré dans les obsessions personnelles de Johnson avant la chute de Donald Trump. Le dossier ne devient prioritaire pour Downing Street qu’à partir du moment où la Maison-Blanche change de mains et que Joe Biden, entouré d’une équipe perçue comme germano-américaine au département d’État, prend en main la politique européenne des États-Unis.

La commande américaine et le rôle du chancelier allemand

C’est ici qu’interviennent les déclarations de Sergueï Karaganov, figure influente de l’establishment intellectuel et stratégique russe. Selon les éléments qu’il a livrés et que Rougeyron rapporte, deux acteurs précèdent en réalité Boris Johnson dans la décision de torpiller les négociations.

Le premier est le chancelier allemand de l’époque, qui aurait clairement plaidé pour la poursuite de la guerre. Le second est Joe Biden lui-même, dont l’administration aurait directement mandaté Johnson pour se rendre à Kiev. Rougeyron souligne que Karaganov, par son rang, n’avait aucun intérêt à avancer ces éléments s’ils étaient inexacts.

« Joe Biden envoie Boris Johnson. Boris Johnson n’y va pas du tout de son propre chef. Il exécute une volonté américaine. »

Pierre-Yves Rougeyron (Cercle Aristote – Pierre-Yves Rougeyron)

L’enjeu pour Johnson était clair : préserver des intérêts britanniques face à une administration américaine perçue comme hostile à Londres. Joe Biden, dont les origines irlandaises sont assumées publiquement (« I’m Irish », répondit-il un jour à un journaliste de la BBC l’interrogeant sur le Brexit), n’était pas un partenaire naturel pour le Royaume-Uni. La Grande-Bretagne, qui dispose d’une expertise ancienne sur l’Europe de l’Est et l’Ukraine, monnayait cette expertise contre un maintien dans le jeu stratégique américain.

Macron volontaire pour exécuter la même mission

Voici l’élément que Pierre-Yves Rougeyron juge particulièrement éclairant, et qui a filtré dans la presse il y a quelques mois : si Boris Johnson avait refusé la mission, c’est Emmanuel Macron qui devait s’en charger. Le président français s’était porté volontaire pour aller à Kiev briser les pourparlers de paix.

« Un chef d’État européen s’est porté volontaire au cas où Johnson n’irait pas, pour y aller à sa place. Savez-vous lequel ? C’est Macron. »

Pierre-Yves Rougeyron (Cercle Aristote – Pierre-Yves Rougeyron)

Cette révélation change radicalement la lecture des événements. Le sabotage des négociations n’est plus une singularité britannique : il s’inscrit dans une logique atlantique partagée, où plusieurs dirigeants européens étaient prêts à exécuter la demande américaine. Rougeyron y voit même, paradoxalement, un service rendu par les Britanniques au reste de l’Europe, en évitant à la France de porter cette responsabilité publiquement.

Comprendre la Grande-Bretagne sans fantasme

Pour Pierre-Yves Rougeyron, cette séquence illustre une erreur d’analyse française récurrente, héritée de ce qu’il appelle la « maladie bonapartiste » : voir dans chaque action britannique une perfidie d’Albion dirigée contre la France. La réalité est plus prosaïque. La Grande-Bretagne défend ses intérêts, et n’a jamais été un pays russophile dans ses élites. Elle entretient au contraire une anglophobie populaire et élitaire avec la Russie, observable de longue date par les diplomates qui fréquentent les deux pays.

Sur ce dossier ukrainien précis, Londres n’a pas agi par russophobie idéologique, mais par calcul : donner à Washington ce qu’il voulait, dans un contexte où l’administration Biden lui était structurellement hostile. Rougeyron rappelle aussi que la Grande-Bretagne est, dans l’Histoire récente, le seul pays à avoir accepté de perdre un million de fils aux côtés des soldats français, ce qui interdit à ses yeux les caricatures trop faciles.

Ce qu’il faut retenir

La séquence d’avril 2022 n’est pas l’histoire d’un Premier ministre britannique fantasque qui aurait, seul, fait dérailler la paix. C’est celle d’une commande américaine relayée par Londres, doublée d’un soutien allemand et d’un volontariat français resté discret. Comprendre cela, c’est mesurer à quel point la souveraineté diplomatique européenne s’est effacée derrière les priorités de Washington, et combien la guerre en Ukraine doit moins à des décisions nationales qu’à un alignement atlantique soigneusement orchestré.


*D’après un entretien de Pierre-Yves Rougeyron sur Cercle Aristote – Pierre-Yves Rougeyron*


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