Le 7 mars 1936, Adolf Hitler ordonne la remilitarisation de la Rhénanie, pourtant démilitarisée par le traité de Versailles. L’historien Éric Branca, invité d’OMERTA, revient sur un épisode méconnu : le Führer a plus tard confié que cette nuit fut « la pire de sa vie ». Face à lui, la France disposait d’un million d’hommes mobilisables. Elle n’a pas bougé.
Pourquoi la remilitarisation de la Rhénanie en 1936 était-elle un test décisif pour Hitler ?
En mars 1936, Hitler engage un coup de force majeur contre l’ordre de Versailles avec des moyens dérisoires. La Rhénanie était démilitarisée depuis 1918, et son retour sous contrôle allemand constituait le premier test réel de l’audace hitlérienne face aux puissances occidentales. Selon l’historien Éric Branca, le rapport de force était pourtant écrasant en faveur de la France. Le dispositif allemand se résumait à quatre bataillons, dont une partie n’était même pas opérationnelle. En face, l’armée française pouvait mobiliser un million d’hommes.
Un aveu glaçant dans les « Propos de table » d’Hitler
Éric Branca s’appuie sur les « Propos de table » d’Hitler, réédités par l’historien François Delpla avec un appareil critique renouvelé. Hitler y tient des confidences nocturnes devant ses fidèles, revenant sur les moments où il a craint de tout perdre. La remilitarisation de la Rhénanie en fait partie.
« La remilitarisation de la Rhénanie, ça a été la pire nuit de ma vie. J’avais pas un poil de sec. Nous avions que quatre bataillons parmi lesquels des bataillons de gendarmerie, des orchestres militaires. Si les Français avaient réagi, ils étaient à Berlin en trois jours et nous aurions pris nos clics et nos claques. »
Éric Branca (OMERTA)
Le propos est d’autant plus saisissant qu’il provient de l’homme qui, quelques années plus tard, domine l’Europe par les armes. En 1936, il n’était qu’un joueur audacieux, convaincu que les démocraties occidentales ne saisiraient pas l’occasion de l’arrêter.
La France savait, mais n’a pas agi
L’épisode ne relève pas de l’ignorance. Le président du Conseil de l’époque, Albert Sarraut, prononce à la radio un discours resté célèbre : « Nous ne laisserons pas Strasbourg sous le feu des canons allemands. » Il consulte le général Gamelin, chef d’état-major des armées. La réponse est révélatrice : on peut intervenir, mais il faudrait se préparer à une guerre longue.
Éric Branca souligne l’absurdité de la prudence française au regard du rapport de force réel : quatre bataillons côté allemand, une supériorité française écrasante de l’autre. Mais la machine politique et militaire française est déjà grippée. Gamelin, brillant stratège de salon, sera d’ailleurs décrit par l’historien comme « incapable au commandement », un homme fait pour l’École de guerre, pas pour le champ de bataille.
Pertinax, le journaliste qui avait tout prévu
Le journaliste Pertinax, de son vrai nom André Géraud, signait ses articles sous ce pseudonyme choisi pour sa signification : judicieux, clairvoyant. Correspondant international respecté, il connaissait les coulisses diplomatiques comme personne. Dès 1936, il comprend que la Rhénanie est un tournant.
« C’est un tournant décisif. Si on cède à Hitler à ce moment-là, on lui cédera absolument sur tout. »
Éric Branca (OMERTA)
L’analyse de Pertinax se révèle prophétique. La non-décision française de 1936 ouvre la voie aux accords de Munich deux ans plus tard, à l’annexion des Sudètes, puis à la guerre. Hitler lui-même le confirmera rétrospectivement : si la France n’intervient pas en Rhénanie, elle n’interviendra jamais. La suite de l’histoire lui donnera raison.
Le précédent qui éclaire le présent
Pour Éric Branca, cet épisode illustre une constante de la vie politique française au XXe siècle : des élites qui disposent des informations, des moyens et des analyses nécessaires pour agir, mais qui ne tirent aucune conclusion. Le phénomène dépasse les seuls militaires. Les milieux économiques, obsédés par la peur du communisme, capitulent parfois plus vite que les états-majors. La vente des usines Skoda aux Allemands quelques mois avant Munich en est l’exemple le plus frappant.
La leçon de 1936 dépasse l’histoire militaire. Elle interroge ce qu’Éric Branca appelle l’absence de « caractère » dans une partie des élites françaises, un trait déjà identifié par Charles de Gaulle comme le fondement de toute action politique véritable. Quand la France disposait de tous les atouts pour arrêter Hitler à moindre coût, elle a choisi l’immobilisme. Le prix de cette hésitation se mesurera en 1940.
Ce qu’il faut retenir
La remilitarisation de la Rhénanie en 1936 fut un test décisif que la France a échoué à relever. Hitler lui-même a reconnu que quatre bataillons n’auraient rien pu faire face à une réaction française déterminée. L’épisode rappelle qu’en histoire comme en politique, la lucidité sans la volonté d’agir reste une forme de capitulation.
Vidéo « Les relations entre Jean Monnet et Charles de Gaulle » de OMERTA
Pour aller plus loin
- L’Ami américain, Éric Branca (Perrin)
- Vers l’armée de métier, Charles de Gaulle (Berger-Levrault)
- Le choix de la défaite. Les élites françaises dans les années 1930, Annie Lacroix-Riz (Armand Colin)
- Nos maîtres, Guilin Benassa
- Propos intimes et politiques, tome 1 (1941-1942), Adolf Hitler
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