La France traverse une période diplomatique singulière. Alors que ses dirigeants semblent chercher en permanence l’adoubement de Bruxelles, des figures influentes à Washington, Moscou et Pékin affichent une proximité réelle avec la langue française, sa culture ou sa tradition politique. Un constat dressé par l’invité lors d’un entretien publié le 1er septembre 2026 sur la chaîne d’Idriss J. Aberkane, où il analyse longuement les occasions manquées de la diplomatie française.
Pourquoi la France n’exploite-t-elle pas les ouvertures francophiles de Trump, Poutine et Xi Jinping ?
Selon l’invité, la France dispose d’atouts rares dans les cercles du pouvoir américain, russe et chinois. Xi Jinping fait éduquer ses enfants en français. Le conseiller idéologique du Parti communiste chinois, que l’invité situe au quatrième rang du comité central, a soutenu une thèse à Paris intitulée « La souveraineté dans la pensée bourgeoise de Jean Bodin à Jacques Maritain ». Côté russe, Dmitri Rogozine, l’homme qui a pris la Crimée pour le compte de Vladimir Poutine, est décrit comme un gaulliste convaincu. Côté américain, un courant francophile est né au sein du Parti républicain après la guerre d’Irak, porté par ceux qui ont retenu que la France avait eu raison de s’opposer à l’intervention. Pourtant, selon l’invité, Paris ne capitalise sur aucune de ces ouvertures.
Des figures de premier plan qui regardent vers la France
L’invité détaille plusieurs exemples concrets. Il rappelle que Donald Trump a déclaré à Emmanuel Macron qu’un accord « aux petits oignons » serait possible si la France sortait de l’Union européenne. Il souligne que le livre blanc de la défense publié sous la première présidence Trump accorde à la France une place spécifique, quand l’Allemagne est expédiée en une phrase et l’Union européenne n’est même pas nommée.
« Nous avons en face de nous un homme, Xi Jinping, qui fait éduquer ses enfants en français. C’est vrai. Et Macron a dit : quelle idée de les faire éduquer en français. Ça, c’est un truc de fou. »
Idriss Aberkane
L’invité insiste sur le profil de JD Vance, qu’il décrit comme pro-français, et sur Nigel Farage, « francophile et dans les petits papiers des Américains ». Il mentionne également le livre « Que devons-nous à la France ? » qui, selon lui, s’est vendu massivement dans une partie du Parti républicain, porté par un courant populiste reconnaissant que Paris avait mis en garde Washington avant l’Irak.
Une diplomatie française enfermée dans le logiciel européen
Le paradoxe, selon l’invité, tient à l’alignement systématique de Paris sur Bruxelles. Il considère que le « tiercé gagnant » consistant à être à la fois antirusse, antichinois et antiaméricain répond à une logique d’allégeance européenne, pas à l’intérêt national français.
« Le seul pays où on aura jamais d’amis pour des raisons ontologiques, qui veut notre peau pour des raisons ontologiques, ce sont les Allemands. Or, nous détestons tellement notre pays qu’on veut être adoubé par une Allemande qui règne à Bruxelles. »
Idriss Aberkane
Cette posture, toujours selon lui, empêche la France de se positionner comme une nation atlantique, méditerranéenne, eurasienne, pacifique et francophone, autant de cercles diplomatiques qu’elle pourrait activer simultanément.
La France : un pays que l’on regarde encore
L’invité souligne que la France demeure présente dans les jeux de cartes internationaux alors même qu’elle se détruit elle-même. Il évoque l’idée, empruntée à Charles Péguy, que « Dieu ne voudra jamais que la France disparaisse parce que si la France disparaissait, il y a des tas de choses que Dieu a faites que le monde ne comprendra plus ». Cette présence résiduelle se manifeste dans les cercles dirigeants étrangers : des russophiles gaullistes, des sinologues formés à Paris, des républicains américains reconnaissants envers la clairvoyance française de 2003.
La doctrine de puissance d’équilibre : un héritage revendiqué
C’est précisément cette dimension diplomatique que Philippe de Villiers, intervenant par téléphone aux assises de la souveraineté, a placée au cœur de son argumentaire. Il appelle la France à retrouver
« sa diplomatie, sa manière de regarder le monde et de redevenir une puissance d’équilibre et de contrepoids. »
Philippe de Villiers (chaîne Florian Philippot)
La formule n’est pas anodine. Elle renvoie à une tradition française identifiable : celle d’une politique étrangère qui refuse l’alignement systématique sur un bloc, assume des relations avec des puissances rivales et pèse sur les équilibres internationaux sans nécessairement s’y dissoudre. Cette doctrine, incarnée notamment par la politique de décolonisation du regard portée après 1958, reposait sur une condition structurelle : l’indépendance institutionnelle de la France, à commencer par sa liberté de décision militaire et monétaire.
Or c’est précisément ce socle que de Villiers estime compromis. Selon lui, l’appartenance à l’OTAN, la dépendance à l’euro et la délégation croissante de compétences à Bruxelles ont progressivement réduit la marge de manœuvre diplomatique française, transformant Paris en relais d’une ligne commune plutôt qu’en acteur autonome. Le dossier ukrainien lui sert d’illustration : la France, dit-il, se retrouve en situation de « cobelligérance » sans que les Français aient été consultés.
Cette lecture rejoint, par un autre chemin, le constat de l’article : les ouvertures que représentent certains dirigeants étrangers envers Paris restent inexploitées, faute d’une diplomatie qui disposerait encore des instruments de son indépendance.
Ce qu’il faut retenir
L’invité brosse le portrait d’une France qui dispose encore de relais d’influence à Washington, Moscou et Pékin, mais dont la diplomatie, enfermée dans le logiciel européen, ne cherche pas à les activer. La question qu’il pose est simple : pourquoi Paris ne tend-il pas la main à ceux qui, à l’étranger, regardent encore vers la France ? Le gâchis, s’il se confirme, serait d’abord français.
Pour aller plus loin
- Le Grand Échiquier, Zbigniew Brzeziński (Hachette Littératures)
- Jérôme Ravenet: Souveraineté à la chinoise, Jérôme Ravenet
- Jérôme Ravenet: Histoire de la Souveraineté, Jérôme Ravenet
- Contribution à l’étude de l’élargissement de la notion de menace contre la paix, le cas de la qualification d’une crise sanitaire par le conseil de sécurité des Nations Unies
- Que devons-nous à la France ?
- La souveraineté dans la pensée bourgeoise de Jean Bodin à Jacques Maritain
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