Publiée sur Front Populaire le (durée 50 min)

Ce que dit cette vidéo

Jacques Sapir et Pierre-Yves Rougeyron retracent sur Front Populaire la généalogie du réalisme en relations internationales. Leur thèse centrale : la diplomatie efficace repose sur l’équilibre des puissances, non sur des principes moraux. Du congrès de Vienne à l’ouverture américaine vers la Chine, ils opposent le calcul pragmatique aux constructions idéalistes qui échouent face aux rapports de force.

De Metternich à Kissinger, une filiation réaliste

Jacques Sapir et Pierre-Yves Rougeyron font du congrès de Vienne de 1815 le moment fondateur d’une diplomatie fondée sur l’équilibre plutôt que sur la morale. Metternich y incarne une approche pragmatique que Kissinger reprendra dans sa thèse de doctorat. L’échec de l’idéalisme wilsonien après 1918 confirme selon eux cette lecture : la Société des Nations, construite sur une foi dans le droit international, se révèle incapable de contenir les rapports de force qui mènent à la Seconde Guerre mondiale.

Guerre froide et ouverture vers Pékin

Sapir et Rougeyron analysent la guerre froide à travers la formule de Raymond Aron sur la guerre impossible et la paix improbable. Cet état de mobilisation permanente protège le leadership américain jusqu’en 1991. L’ouverture de Kissinger vers la Chine en 1971 illustre selon eux le calcul réaliste à l’état pur. Les deux intervenants avancent une précision historique : l’idée de dissocier Pékin de Moscou aurait été suggérée à Nixon par de Gaulle lui-même.

Bandung et la filiation revendiquée des BRICS

La conversation s’achève sur la conférence de Bandung de 1955 et la naissance du mouvement des non-alignés. Jacques Sapir et Pierre-Yves Rougeyron présentent cette tentative de troisième voie comme l’ancêtre des BRICS actuels, une alternative au paradigme libéral dominant qui refuse l’alignement sur l’un ou l’autre bloc.

L’avis du Souv

L’entretien offre une synthèse dense de l’histoire du réalisme diplomatique, utile pour comprendre pourquoi les institutions fondées sur des valeurs échouent face aux rapports de force. La mise en perspective historique est solide, l’anecdote sur de Gaulle conseillant Nixon mérite d’être connue. Quelques raccourcis affaiblissent toutefois la démonstration.

Un passage trop rapide de Bandung aux BRICS

Le lien entre la conférence de Bandung de 1955 et les BRICS contemporains est esquissé plus qu’argumenté. Soixante-dix ans séparent les deux moments, les contextes diffèrent radicalement, et la continuité revendiquée aurait mérité davantage de preuves. De même, la critique de l’idéalisme wilsonien, pour juste qu’elle soit, ne distingue pas assez les failles structurelles de la SDN de ses insuffisances conjoncturelles.

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