Les élections législatives qui se sont tenues en Arménie le 7 juin 2025 ont été, selon les propos de Pierrive lors de son passage au Cercle Aristote, « largement truandées avec l’aide de l’Union européenne ». Derrière cette formule choc se dessine une mécanique bien connue des observateurs du Caucase : Bruxelles veut arracher Erevan à l’orbite russe, quitte à condamner le pays à un isolement stratégique mortifère.
Pourquoi l’Arménie est-elle sous pression de l’Union européenne ?
L’Union européenne exige de l’Arménie une triple rupture impossible à tenir sans se mettre en danger immédiat : renoncer à sa dépendance énergétique à la Russie, fermer la base militaire russe présente sur son sol, et appliquer les sanctions européennes contre l’Iran, son autre protecteur historique. Le tout sans offrir la moindre garantie de sécurité ni de substitution crédible. C’est ce que Pierrive résume d’une formule lapidaire :
« Quand vous allez expliquer à l’Arménie qu’elle doit renoncer à l’énergie russe, vous les condamnez. »
Cercle Aristote – Pierre-Yves Rougeyron
Une dépendance structurelle que Bruxelles feint d’ignorer
L’Arménie n’est pas un pays qui « collabore » avec la Russie par inclination politique : elle en est structurellement dépendante. Énergétiquement, militairement, logistiquement. Les soldats russes stationnés sur le sol arménien assurent encore la sécurité d’un corridor stratégique d’une quarantaine de kilomètres qui sépare deux parties de l’Azerbaïdjan, dont une portion traverse le territoire arménien.
Si les forces russes venaient à quitter le pays sous la pression occidentale, la suite est écrite d’avance. Pierrive prévient :
« À la minute où les soldats russes ne sont plus là pour faire la sécurité, l’Azerbaïdjan va sauter comme la vérole sur le bas clergé breton sur l’Arménie. »
Cercle Aristote – Pierre-Yves Rougeyron
Le précédent est connu. Les affrontements passés entre Arméniens et Azerbaïdjanais se sont conclus dans le sang, et l’Union européenne n’a ni les moyens ni la volonté géopolitique d’intervenir militairement pour défendre Erevan. La Turquie, soutien indéfectible de Bakou, contrôle les deux seuls corridors terrestres par lesquels une hypothétique aide française ou européenne pourrait transiter : le territoire turc lui-même ou la Géorgie, qualifiée de « pseudopode turc ».
Téhéran, l’allié oublié que Bruxelles veut faire disparaître
Autre paradoxe mortifère : l’Union européenne exige de l’Arménie qu’elle applique les sanctions contre l’Iran, alors même que la République islamique est l’un des deux seuls États à avoir fourni des armes à Erevan lors des précédents conflits et à maintenir une partie de son commerce à flot.
L’Iran n’agit pas par philanthropie, mais par calcul stratégique : un Arménie forte fait contrepoids à l’Azerbaïdjan et verrouille l’accès turc à la Caspienne. Peu importe. Ce réalisme froid a le mérite de la clarté, contrairement aux injonctions bruxelloises qui exigent de l’Arménie qu’elle coupe ses deux seules lignes de vie sans lui offrir la moindre alternative.
Des mœurs qu’on impose, des peuples qu’on méprise
Pierrive pointe enfin un angle mort culturel majeur. Les peuples du Caucase, qu’ils soient catholiques, orthodoxes, sunnites ou chiites, sont fondamentalement conservateurs. Leur imposer les standards sociétaux européens, cette « liberté de mœurs » que l’UE confond avec la liberté politique, revient à les insulter.
Appliquer au Caucase les recettes qui ont échoué en Ukraine, où un peuple a été sommé de « s’arracher un bras », relève pour lui de l’aveuglement stratégique le plus complet. L’Union européenne ne propose pas l’émancipation : elle fabrique des « États martyrs » qu’elle abandonne ensuite à leur sort, incapable de projeter la puissance militaire que ses promesses supposent.
Ce qu’il faut retenir
L’Union européenne n’apporte à l’Arménie ni gaz, ni sécurité, ni débouchés commerciaux. Elle lui demande en revanche de rompre avec ses deux seuls défenseurs réels et d’affronter seule un voisin azéri déterminé. Le tout sans même pouvoir contourner la Turquie pour acheminer une hypothétique aide. Ce n’est pas une politique d’émancipation : c’est une condamnation à terme, dont le peuple arménien paiera le prix.
Cercle Aristote – Pierre-Yves Rougeyron
Pour aller plus loin
- Comme des lions : Histoire des combats français de 1940
- La Raison des nations, Pierre Manent (Gallimard)
- Il s’agit de ne pas se rendre, Régis Debray, Jean Ziegler
- Vidal et les siens, Edgar Morin
- Journal de Californie, Edgar Morin
- Rose au pays de l’horreur, Frédérica (Éditions de la Reine Rouge)
- La Peste blanche, Pierre Chaunu
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