Georges Bernanos est l’un des rares écrivains français du XXe siècle à avoir rompu avec tous les camps qui prétendaient le récupérer. Royaliste dans sa jeunesse, camelot du roi, militant de L’Action française, il rompt publiquement avec Charles Maurras en 1932. Réfugié au Brésil à partir de 1938, il devient l’une des plumes les plus violentes de la France libre contre Vichy. Rentré en France en 1945 à l’invitation du général de Gaulle, il refuse la Légion d’honneur et l’Académie française.

Né à Paris en 1888 dans une famille catholique modeste, il fait la Grande Guerre comme soldat, puis vit d’un métier d’inspecteur d’assurances jusqu’au succès de Sous le soleil de Satan en 1926. Suivent Journal d’un curé de campagne, Grand Prix du roman de l’Académie française en 1936, et une œuvre romanesque qui fera de lui l’un des grands écrivains catholiques de son siècle. Mais c’est le pamphlétaire qui intéresse Le Souv.

Le tournant est 1938. Installé à Majorque pendant la guerre d’Espagne, il assiste à la répression franquiste bénie par le clergé local et publie Les Grands Cimetières sous la lune, réquisitoire qui lui vaut la haine d’une partie de la droite dont il venait. La même année il s’exile au Brésil avec sa famille. De là, il écrit sans relâche contre l’armistice et contre Vichy, notamment dans Lettre aux Anglais en 1942, et se range derrière de Gaulle quand presque personne ne le fait.

La France contre les robots, écrit au Brésil et publié en 1947, est son livre le plus directement utile aujourd’hui. Bernanos y décrit une civilisation technicienne qui ne s’attaque pas frontalement aux libertés mais les vide de leur substance, en habituant les hommes à ne plus vouloir. Sa formule la plus connue, sur la civilisation moderne comme conspiration universelle contre toute espèce de vie intérieure, dit l’essentiel de sa thèse : un peuple qui ne pense plus par lui-même ne se gouverne plus, quelles que soient ses institutions.

Il meurt à Neuilly-sur-Seine en 1948, à soixante ans. Son apport au souverainisme n’est ni doctrinal ni institutionnel : il tient à cette idée que l’indépendance d’une nation commence par la capacité de ses citoyens à résister intérieurement aux systèmes qui les encadrent. C’est aussi un auteur inconfortable, dont la colère ne ménage aucun camp, y compris ceux qui aujourd’hui le citent.

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