Le « couple franco-allemand » est une expression répétée depuis des décennies dans le débat public français comme une évidence. Mais que disent les actes ? À rebours de la rhétorique officielle, les décisions concrètes prises par Berlin depuis plus de soixante ans dessinent une tout autre réalité : celle d’un alignement stratégique prioritaire sur Washington, au détriment de toute ambition européenne autonome.
Pourquoi le « couple franco-allemand » relève-t-il du mythe diplomatique ?
Loin d’une relation d’égal à égal avec Paris, l’Allemagne a constamment privilégié son alliance avec les États-Unis. Les jalons sont précis : sabotage du traité de l’Élysée dès juin 1963 par un préambule unilatéral du Bundestag réalignant le texte sur l’OTAN ; signature en 2004 de l’alliance germano-américaine pour le XXIᵉ siècle par le social-démocrate Gerhard Schröder ; confirmation de cet accord en 2006 par Angela Merkel, chrétienne-démocrate, devant George W. Bush. Ces trois actes, datés et vérifiables, montrent une constante transpartisane.
Un traité vidé de sa substance six mois après sa signature
L’invité rappelle un épisode fondateur trop souvent oublié. Le 22 janvier 1963, Charles de Gaulle et Konrad Adenauer signent le traité de l’Élysée. La vision gaullienne est claire : bâtir une Europe européenne, indépendante des États-Unis. Le texte exclut délibérément toute référence à l’OTAN, au libre-échange transatlantique et à l’entrée de la Grande-Bretagne dans le Marché commun.
Mais en mai 1963, le Bundestag ratifie le traité en lui adjoignant un préambule interprétatif qui énonce exactement ce que de Gaulle avait refusé d’y inscrire : la défense commune dans le cadre de l’Alliance atlantique, l’intégration des forces armées, l’unification européenne selon la voie communautaire, l’abaissement des barrières douanières avec les États-Unis et l’admission de la Grande-Bretagne.
La réaction du général ne se fait pas attendre. L’invité cite un échange avec Alain Peyrefitte :
« Les Allemands avaient été mon grand espoir. Ils sont mon grand désappointement. »
Union Populaire Républicaine
2004-2006 : la confirmation transpartisane d’une constante stratégique
L’allégeance atlantique de l’Allemagne n’est pas un réflexe de circonstance. Elle s’inscrit dans la durée. En 2004, le chancelier Gerhard Schröder signe avec George W. Bush la deutsch-amerikanische Allianz für das 21. Jahrhundert, l’alliance germano-américaine pour le XXIᵉ siècle. Le document réaffirme l’OTAN comme « point d’ancrage de notre défense commune » et défend une Europe étroitement associée aux États-Unis.
Deux ans plus tard, Angela Merkel, à peine nommée chancelière, est convoquée à Washington. Le 13 janvier 2006, elle confirme que cet accord fait l’objet d’un consensus entre les deux grands partis allemands, CDU et SPD. L’invité souligne l’asymétrie frappante avec le discours tenu en France : « En Allemagne, on ne parle jamais du couple franco-allemand. On parle toujours de l’alliance germano-américaine. »
Les raisons profondes d’un tropisme atlantique
L’invité identifie plusieurs facteurs qui éclairent cette constance. D’abord, la protection militaire : pendant la guerre froide, l’Allemagne fédérale est tenue par l’armée américaine face au pacte de Varsovie. Ensuite, une proximité migratoire et culturelle : l’émigration allemande massive vers les États-Unis au XIXᵉ siècle a tissé des liens profonds, du Wisconsin au Dakota du Nord. Enfin, une trame historique qu’il fait remonter jusqu’aux rivalités entre Francs et Germains après le partage de l’empire carolingien en 843. De Gaulle, pourtant pénétré du sens de l’histoire, aurait sous-estimé ces forces.
La leçon est brutale. Dès 1963, le projet d’une Europe européenne porté par Paris se heurte à un refus à peine voilé de Berlin. Aujourd’hui encore, l’invité observe que l’Allemagne, comme les Pays-Bas, l’Espagne ou le Portugal, ne souhaite pas d’Europe indépendante des États-Unis.
Ce qu’il faut retenir
Le « couple franco-allemand » est une expression du discours politique français, non une réalité diplomatique attestée par les actes. Des décennies de décisions allemandes, du Bundestag de 1963 à la chancellerie Merkel, convergent vers une priorité constante : l’alliance avec Washington. Prendre la mesure de cette asymétrie est le préalable à toute politique étrangère lucide pour la France.
Le Souv, pour une France qui s’appartient.
Pour aller plus loin
- Le dernier Mitterrand, Georges-Marc Benamou (Plon)
- C’était de Gaulle, Alain Peyrefitte (Fayard)
- Le Grand Échiquier, Zbigniew Brzeziński (Hachette Littératures)
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