Le programme Erasmus est souvent présenté comme un pilier de la construction européenne et une chance inestimable pour la jeunesse. Pourtant, dans le monde universitaire, un constat circule à voix basse : derrière l’image d’ouverture culturelle se cacherait une réalité bien moins glorieuse, que peu de professeurs osent formuler publiquement par crainte de froisser le dogme européiste.

Erasmus a-t-il une réelle utilité académique pour les étudiants français ?

La critique portée par l’invité du Cercle Aristote est sans appel : les échanges Erasmus en Europe se résument trop souvent à une année d’amusement sans bénéfice universitaire mesurable. Trois éléments ressortent de son analyse : l’évaluation des étudiants au retour montre un niveau en baisse, la sélection des destinations repose davantage sur la vie nocturne que sur l’excellence académique, et la comparaison avec les échanges vers l’Asie révèle un déséquilibre flagrant en matière d’exigence et d’apprentissage.

« Un étudiant qui a fait un Erasmus en Europe, c’est comme s’il avait eu un an de vacances et résultat, il est moins bon que quand il est parti. »

Cercle Aristote – Pierre-Yves Rougeyron

Derrière cette formule se cache un tabou de l’enseignement supérieur français. Selon l’invité, la plupart des professeurs d’université partagent ce diagnostic mais n’osent pas l’exprimer ouvertement, prisonniers d’un européisme qui interdit toute remise en cause de ce programme emblématique.

Le critère des boîtes de nuit plutôt que l’excellence académique

L’invité pointe un mécanisme de sélection des destinations qui n’a rien d’académique. Les étudiants choisiraient leur lieu d’échange en fonction d’un critère implicite mais bien réel : le nombre de boîtes de nuit par habitant. Une logique festive qui, si elle peut se comprendre à vingt ans, interroge lorsqu’elle est financée par des fonds publics destinés à la formation.

Le constat s’étend à des destinations européennes pourtant riches culturellement. L’invité s’interroge : à quoi sert d’envoyer un étudiant à Cracovie ou en Grèce, hors filières très spécialisées comme l’École française d’Athènes ? La réponse qu’il suggère est simple : à rien, sinon à financer ce qui ressemble à une année sabbatique déguisée.

L’Asie, nouvel horizon pour une jeunesse française compétitive

Face à ce bilan, l’invité propose une réorientation radicale des échanges universitaires. Plutôt que de maintenir des flux massifs vers des universités européennes peu exigeantes, il faudrait diriger les étudiants français vers l’Asie : Chine, Indonésie, Vietnam, Inde, Singapour, Tokyo, Séoul. Des destinations où l’exigence académique est réelle et où se joue une partie de la compétition mondiale de demain.

« Il va falloir réorienter très lourdement nos étudiants vers l’Asie pour qu’ils fassent de vraies études à l’étranger et qu’on arrête de les envoyer en Europe. »

Cercle Aristote – Pierre-Yves Rougeyron

L’invité rappelle que son ancien établissement, l’ESSEC, encourageait déjà fortement ce type de mobilité asiatique, avec des résultats jugés très positifs. L’objectif n’est pas de supprimer toute expérience à l’étranger mais de la rendre utile à la puissance française. Il évoque également, à terme, des échanges avec certaines capitales arabes ou africaines, citant l’exemple de la Côte d’Ivoire dont le développement actuel serait particulièrement impressionnant.

Un Erasmus français avant l’international

Avant même d’envoyer les étudiants à l’étranger, l’invité défend l’idée d’un Erasmus entièrement français. Le principe : permettre à un étudiant de passer un semestre ou une année dans une autre région de France avant d’envisager l’international. Une manière de redécouvrir son propre pays, de renforcer les liens entre la métropole et les territoires d’outre-mer, trop souvent absents de l’imaginaire étudiant.

Cette proposition s’inscrit dans une critique plus large du déséquilibre médiatique et politique dont souffrent les départements et régions d’outre-mer. L’invité rappelle que la Guadeloupe et la Martinique étaient françaises avant l’Alsace ou Nice, et déplore qu’on ne parle pas autant de Nouméa que de Biarritz ou Perpignan.

Ce qu’il faut retenir

Le programme Erasmus, tel qu’il fonctionne aujourd’hui pour la majorité des étudiants français en Europe, relève davantage du tourisme estudiantin que d’un véritable investissement éducatif. La réorientation des flux vers l’Asie, la création d’un Erasmus français et une exigence académique retrouvée permettraient de transformer ce qui est aujourd’hui une parenthèse festive en un levier de puissance pour la France. La question n’est pas d’arrêter de voyager mais de voyager utile.

Cercle Aristote – Pierre-Yves Rougeyron

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