La crise migratoire que traverse Mayotte repose, pour une large part, sur un malentendu juridique profondément enraciné dans l’imaginaire collectif français. Beaucoup croient que le simple fait de naître sur le territoire de la République confère automatiquement la nationalité française. Cette croyance, que l’invité du Grand entretien d’été qualifie d’erreur fondamentale, alimente des flux migratoires incontrôlés et paralyse toute réponse politique cohérente. Pourtant, le droit français n’a jamais fait du sol l’unique critère d’appartenance nationale : le sang et la volonté demeurent, en principe, les piliers de notre tradition juridique.
Pourquoi le droit du sol est-il un mythe juridique en France ?
Le droit français repose sur un principe essentiel que l’invité résume en une formule juridique précise : un jus sanguinis (droit du sang) associé à un jus voluntatis (droit fondé sur la volonté d’adhésion). Historiquement, la nationalité française s’acquiert d’abord par filiation, c’est-à-dire en naissant de parents français, et non par le simple fait de voir le jour à l’intérieur des frontières. Le droit du sol, tel qu’il existe aujourd’hui sous sa forme atténuée (le double droit du sol ou les procédures d’acquisition à la majorité), constitue une construction législative récente, susceptible d’être modifiée ou supprimée par le législateur sans bouleverser l’ordre constitutionnel.
Le droit premier de la France, c’est un jus sanguinis associé à un jus voluntatis. Il n’y a pas de droit du sol en France.
Cercle Aristote – Pierre-Yves Rougeyron
Cette distinction est capitale pour comprendre la situation mahoraise. Ceux qui viennent accoucher à Mayotte dans l’espoir que leur enfant devienne français par la seule magie du lieu de naissance s’appuient sur une interprétation erronée de notre droit, ou plutôt sur une extension législative qui n’a rien d’immuable. L’invité rappelle que la tradition juridique française, en son principe, ignore le droit du sol comme fondement autonome de la nationalité.
Mayotte face aux conséquences d’un principe oublié
L’île de Mayotte subit de plein fouet les conséquences de cette confusion entretenue. Des populations entières, principalement en provenance des Comores voisines, tentent la traversée périlleuse vers ce département français avec l’espoir d’y donner naissance à des enfants qui, croient-elles, obtiendront automatiquement la nationalité française. Cette pression migratoire, que l’invité qualifie de véritable problème auquel il faut répondre par le rétablissement du droit, désorganise entièrement les services publics, l’accès aux soins, à l’eau courante et à l’électricité.
Le paradoxe mahorais est saisissant : une terre française où, comme le souligne l’invité, l’eau courante et l’électricité ne sont pas garanties partout, non par manque de moyens, mais parce que l’afflux constant de population rend impossible toute planification infrastructurelle sérieuse. Rétablir le droit premier de la France, c’est-à-dire conditionner l’acquisition de la nationalité à la filiation et à une démarche volontaire d’adhésion, permettrait de tarir une partie de ces flux et de recentrer l’action publique sur les besoins des populations déjà présentes.
Ce que changerait un retour au principe du jus sanguinis
Revenir au fondement du droit français ne nécessiterait pas, contrairement à ce que l’on entend souvent, une refonte constitutionnelle d’ampleur. Le droit du sol, sous sa forme actuelle, relève de la loi ordinaire. Le législateur pourrait donc, sans toucher au bloc de constitutionnalité, en modifier substantiellement les modalités d’application, voire le supprimer pour certaines catégories de situations, notamment dans les territoires ultramarins confrontés à des pressions migratoires spécifiques.
L’invité insiste sur le fait que la nationalité française n’est pas un dû automatique, mais une qualité qui se reçoit ou qui se sollicite. Le jus voluntatis, cette part de choix et d’engagement dans l’acquisition de la nationalité, constitue le complément indispensable du droit du sang. Appliqué à Mayotte, ce principe impliquerait qu’aucun enfant ne devienne français simplement parce que sa mère a accouché sur le sol du département, mais seulement s’il existe un lien de filiation avec un parent français, ou à travers une procédure exigeant une manifestation claire de volonté et d’intégration.
Ce rétablissement juridique, loin d’être une rupture brutale, marquerait le retour à une tradition politique que l’invité rattache aux legs d’Athènes et de Rome : la citoyenneté comme part héroïque de l’être, comme autonomie collective, et non comme simple fait démographique passif.
Ce qu’il faut retenir
La nationalité française ne s’hérite pas du sol comme un bien foncier. Elle se transmet par le sang et s’acquiert par la volonté. Pour Mayotte, retrouver ce principe fondateur, c’est se donner les moyens juridiques de maîtriser une crise migratoire qui épuise l’île et ses habitants, tout en renouant avec une conception exigeante de la citoyenneté.
Cercle Aristote – Pierre-Yves Rougeyron
Pour aller plus loin
- Comme des lions : Histoire des combats français de 1940
- La Raison des nations, Pierre Manent (Gallimard)
- Il s’agit de ne pas se rendre, Régis Debray, Jean Ziegler
- Vidal et les siens, Edgar Morin
- Journal de Californie, Edgar Morin
- Rose au pays de l’horreur, Frédérica (Éditions de la Reine Rouge)
- La Peste blanche, Pierre Chaunu
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