La plus grande supercherie idéologique du 20e siècle n’est peut-être pas celle que l’on croit. Depuis des décennies, un amalgame tenace associe le nazisme au nationalisme, comme si les deux concepts étaient les deux faces d’une même pièce. Or, selon l’invité, cette confusion n’est pas une simple erreur d’appréciation : elle constitue « la pire des ruses du diable » et fausse profondément notre compréhension de l’histoire européenne.

En quoi le nazisme n’est-il pas une idéologie nationaliste ?

Contrairement à une idée reçue solidement ancrée, le nazisme ne procède pas du sentiment national. Pour en comprendre la nature réelle, il faut distinguer trois points fondamentaux :

  • Le nazisme est le rejeton monstrueux du pangermanisme, une idéologie qui, par essence, nie les nations au profit d’une unification ethnique transnationale.
  • Là où le nationalisme français reconnaît la singularité des peuples et leur droit à disposer d’eux-mêmes, le pangermanisme vise l’absorption et la dissolution des identités nationales dans un projet impérial.
  • Le nazisme n’est donc pas un nationalisme allemand : il est l’héritier d’une tradition antinationaliste qui a refusé toute frontière et toute souveraineté autre que celle du Reich.

L’invité le résume par une formule saisissante : l’Allemagne hitlérienne est « l’enfant monstrueux d’un antinational monstrueux ». Cette filiation pangermaniste est trop souvent oubliée dans les analyses contemporaines, qui préfèrent voir dans le nationalisme la matrice de tous les totalitarismes.

Une confusion qui arrange et qui perdure

Pourquoi cet amalgame entre nazisme et nationalisme a-t-il prospéré ? L’invité avance une explication psychologique et historique. Le traumatisme collectif laissé par la Seconde Guerre mondiale a rendu presque impossible, pour beaucoup d’intellectuels européens, de dissocier l’idée nationale de l’horreur concentrationnaire. « C’est très dur d’analyser l’ennemi que tu as combattu », précise-t-il, soulignant la difficulté à prendre du recul sur ce que l’on a vécu dans sa chair.

Mais cette confusion a aussi une dimension politique. En faisant passer le nazisme pour un nationalisme, on discrédite par avance toute revendication de souveraineté nationale. Le raisonnement implicite est simple : puisque le nationalisme a mené à Auschwitz, alors toute défense de la nation porte en elle les germes du pire. Un syllogisme historique que l’invité réfute catégoriquement.

Le cas allemand : un refus de psychanalyse collective

Le cœur du problème, avance l’invité, se situe en Allemagne même. Reprenant les travaux d’un grand historien de l’Allemagne, il rappelle une distinction fondamentale : « La France a des problèmes, l’Allemagne est un problème. » Cette formule n’est pas une boutade chauvine. Elle souligne que la construction nationale allemande s’est faite, dès le 19e siècle, sur un projet qui n’était pas celui d’une nation au sens français du terme, mais celui d’une unification ethnique, culturelle et raciale transcendant les frontières existantes.

Le pangermanisme, contrairement au nationalisme français hérité de la Révolution, ne reconnaît pas la légitimité des peuples à disposer d’eux-mêmes. Il est un projet impérial qui nie les nations pour mieux les absorber. Or, souligne l’invité, l’Allemagne d’après-guerre a refusé toute psychanalyse collective sur ce sujet. « Le problème, c’est que ce n’est pas nous les malades », insiste-t-il, pointant du doigt une Europe qui continue de subir les conséquences de cette absence d’introspection.

La singularité du nationalisme français

Le nationalisme français, dans son acception historique, reconnaît l’existence de nations multiples, chacune dotée d’une identité, d’une histoire et d’une légitimité propres. Ce n’est pas un projet de domination universelle, mais au contraire un principe d’équilibre entre peuples souverains. Le pangermanisme, lui, est tout le contraire : il est l’antichambre d’un universalisme ethnique qui se moque des frontières et des cultures.

C’est cette opposition radicale que l’invité met en lumière. Le nazisme n’a jamais été une exaltation de la nation allemande, mais bien une négation de toutes les nations, à commencer par la nation allemande elle-même, dissoute dans le projet racial du Reich. « C’est l’enfant monstrueux d’un antinational monstrueux », et en aucun cas l’aboutissement d’un quelconque nationalisme.

Ce qu’il faut retenir

L’amalgame entre nazisme et nationalisme est une erreur historique lourde de conséquences politiques. Il empêche de penser sereinement la question nationale en Europe et jette un discrédit injustifié sur toute revendication de souveraineté. Comprendre que le nazisme procède du pangermanisme, et non du nationalisme, c’est se donner les moyens de dépasser un traumatisme historique qui continue de paralyser le débat public.

Cercle Aristote – Pierre-Yves Rougeyron

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