La Guyane livrée aux orpailleurs clandestins, la Guadeloupe privée d’eau courante, la Nouvelle-Calédonie menacée d’abandon, la Martinique paralysée par les grèves : les crises s’accumulent dans les territoires ultramarins français. Des milliers de kilomètres séparent ces terres de la métropole, mais c’est surtout l’indifférence de Paris qui creuse le fossé. Ces confettis de l’Empire, comme on les appelait jadis avec condescendance, sont pourtant les avant-postes stratégiques de la France dans un monde en recomposition.
Pourquoi la France délaisse-t-elle ses territoires d’outre-mer (Nouvelle-Calédonie, Guyane, Martinique, Guadeloupe) ?
Ces territoires ultramarins français subissent des crises majeures qui s’aggravent : abandon face aux orpailleurs brésiliens en Guyane, prolifération de la drogue ICE, inflation galopante, absence d’eau courante en Guadeloupe, blocages persistants en Martinique et volonté politique de se débarrasser de la Nouvelle-Calédonie. La réponse de Paris est un silence assourdissant, alors même que ces terres représentent des millions de kilomètres carrés de zone économique exclusive et des positions stratégiques dans le Pacifique, l’océan Indien et l’Atlantique.
Des crises qui s’accumulent, une métropole qui regarde ailleurs
L’invité du Cercle Aristote dresse un constat sans concession. En Guyane, l’État français semble impuissant face aux orpailleurs brésiliens qui pillent les ressources. En Guadeloupe, le scandale de l’eau courante inexistante révèle une faillite collective : « C’est une honte. C’est une honte pour nous pour nous tous. C’est une faute collective », martèle-t-il.
La Martinique n’est pas épargnée, paralysée par des grèves à répétition sous l’effet conjugué de l’inflation et du système de l’octroi de mer, une taxe qui renchérit le coût de la vie. Quant à Mayotte, la pression migratoire y est telle que l’invité rappelle un principe fondamental : « Il faut rétablir le droit premier de la France et je rappelle que le droit premier de la France c’est un jus sanguinis associé à un jus voluntatis. Il n’y a pas de droit du sol en France. »
La Nouvelle-Calédonie cristallise les inquiétudes. L’invité s’alarme d’une « vraie volonté de s’en débarrasser », tandis que la drogue ICE, un fléau chimique aux effets dévastateurs, ronge les populations océaniennes déjà fragilisées par un problème de santé publique chronique, notamment les maladies liées au sucre.
« Vous n’êtes pas traînés par la France. Vous êtes les avant-postes de la France et ne laissez personne vous dire le contraire. C’est vous qui êtes dans les positions stratégiques. »
Cercle Aristote – Pierre-Yves Rougeyron
Changer de regard : ces terres sont une chance, pas un fardeau
L’invité appelle à un changement radical de perspective. Les Français de l’Hexagone ignorent largement que leur pays possède des millions de kilomètres carrés répartis sur tous les océans. « Combien savent que la France a des millions de kilomètres carrés et qu’un caillou posé dans l’océan, les Kerguelen sont une richesse ? Qui le sait ? », interroge-t-il.
Ces territoires ne sont pas des fardeaux budgétaires, mais les clés d’un avenir où le centre de gravité du monde se déplacera hors d’Europe. L’invité insiste : intégrer pleinement ces terres dans la stratégie nationale, c’est préparer la France à un monde où les puissances européennes ne seront plus le phare de l’humanité. Cela passe par une transformation profonde, notamment la fin du système de l’octroi de mer et une prise en charge sérieuse de la santé publique.
Ce qu’il faut retenir
Les territoires ultramarins sont les avant-postes d’une France qui refuse de voir leur potentiel stratégique. Les crises qui s’y accumulent, eau, drogue, insécurité, pillage des ressources, ne relèvent pas de fatalités géographiques, mais d’un abandon politique. Redonner à ces terres toute leur place dans la nation, c’est à la fois une question de justice pour leurs habitants et de souveraineté pour la France.
Cercle Aristote – Pierre-Yves Rougeyron
Pour aller plus loin
- Comme des lions : Histoire des combats français de 1940
- La Raison des nations, Pierre Manent (Gallimard)
- Il s’agit de ne pas se rendre, Régis Debray, Jean Ziegler
- Vidal et les siens, Edgar Morin
- Journal de Californie, Edgar Morin
- Rose au pays de l’horreur, Frédérica (Éditions de la Reine Rouge)
- La Peste blanche, Pierre Chaunu
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