On présente souvent le Parlement européen comme le cœur démocratique de l’Union, le lieu où les représentants des peuples pèsent sur les décisions. Mais à y regarder de près, le pouvoir réel de cette assemblée est bien plus limité que ce que la communication institutionnelle veut nous faire croire. Entre textes contraignants et vœux pieux, la frontière est floue, et c’est toute la mécanique de la codécision qui mérite d’être passée au crible.

Pourquoi la procédure de codécision ne donne-t-elle pas un vrai pouvoir législatif au Parlement européen ?

Le Parlement européen n’a quasiment pas le droit de modifier les textes qui lui arrivent de la Commission. Selon l’analyse développée par l’invité, les députés sont cantonnés à produire ce qu’on appelle un rapport, qui n’est rien d’autre qu’une liste de vœux sans valeur contraignante. La Commission dispose ensuite du texte comme elle l’entend, et le plus souvent, c’est le classement vertical qui attend ces amendements parlementaires. La codécision, dans les faits, reste entièrement pilotée par la Commission.

Un pouvoir unique à plusieurs visages

Pour comprendre cette impuissance parlementaire, il faut saisir la nature profonde des institutions européennes. L’invité l’explique de manière imagée :

« Il y a pas de séparation des pouvoirs en Union européenne. Il y a un pouvoir unique à différents visages. C’est tout. Point bar. »

Cercle Aristote – Pierre-Yves Rougeyron

Cette hydre institutionnelle fait circuler le sujet d’une tête à l’autre, donnant l’illusion que le Parlement peut agir. En réalité, quand un texte revêt une importance particulière et qu’il faut calmer les opinions publiques, la Commission peut jouer le jeu de la codécision. Mais c’est un jeu truqué : le hochet que le parlementaire reçoit, c’est le juge communautaire qui peut le lui reprendre plus tard. L’invité rappelle que les recours juridiques, notamment devant la CEDH, permettent de défaire ce que le Parlement avait cru obtenir.

Ce constat s’appuie sur une expérience concrète. L’invité, qui a lui-même rédigé des milliers d’amendements en cinq ans de mandat, raconte une anecdote révélatrice : la seule fois où la délégation du Front national a réussi à faire passer un amendement, c’était pour corriger une faute de ponctuation dans un texte sans portée contraignante. Le député Dominique Martin avait relevé cette erreur dans un document qui n’engageait personne, et cela avait été célébré comme une victoire. Tout le reste du travail législatif n’avait servi à rien.

La codécision, un filtre à servilité

Quand la codécision s’applique réellement, ce n’est pas le Parlement dans son ensemble qui pèse, mais une poignée de parlementaires triés sur le volet. L’invité est formel :

« La procédure de codécision, elle est dans les mains de la Commission et les parlementaires qui participent sont les plus serviles vis-à-vis de la Commission. »

Cercle Aristote – Pierre-Yves Rougeyron

Autrement dit, le système sélectionne ceux qui ne feront pas de vagues. Les élus qui acceptent de jouer le jeu sont récompensés par des miettes symboliques, pendant que les textes vraiment contraignants suivent leur chemin sans entrave. C’est ce qu’on appelle une chambre d’enregistrement, ou, comme le dit l’invité, un soviet suprême. Pas un parlement au sens démocratique du terme.

Le parallèle avec l’immigration permet de mesurer l’écart entre l’affichage et la réalité. Aujourd’hui, le Parlement européen brandit des projets de hubs migratoires comme une avancée majeure. Mais en examinant le texte, on découvre que son application est soumise à l’approbation de la CEDH, que les mineurs non accompagnés en sont exclus, que le principe de non-refoulement reste intouchable, et que les ONG, financées par la Commission, surveilleront le respect des droits de l’homme selon les critères européens. Ce que le Parlement présente comme une conquête n’est qu’un couteau sans lame auquel il manque le manche.

Ce qu’il faut retenir

Le Parlement européen n’est pas le lieu du pouvoir législatif mais celui de sa mise en scène. La codécision est un piège qui donne l’illusion de la représentation tout en verrouillant toute velléité de changement réel. Pour qui veut comprendre comment l’Union européenne fonctionne vraiment, il faut cesser de regarder le lapin que l’on tente de sortir du chapeau et commencer à regarder qui tient le chapeau.

Cercle Aristote – Pierre-Yves Rougeyron

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